Les climatiseurs du chinois Gree font froid dans le dos

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Chronique. Limitée à un tour rapide de quelques ateliers puis à des démonstrations d’appareils high-tech dans la salle d’exposition, la visite à Zhuhai, tout au sud de la Chine, de Gree, leader mondial des climatiseurs, ne s’annonçait pas sous les meilleurs auspices. Elle se révéla pourtant riche d’enseignements. D’abord parce que, dans cette entreprise privée, cotée à la Bourse de Shenzhen, le Parti communiste, loin de se cacher, est omniprésent. Sur la carte de visite de notre interlocuteur : Wei Zhang, « secrétaire du comité du Parti » avant d’être « directeur » et « président adjoint » de la société.

Ensuite dans les couloirs de l’entreprise. Il n’a fallu que quelques jours pour qu’y apparaissent, sur plusieurs dizaines de mètres, onze déclarations faites par le président Xi Jinping le 8 septembre, lors de la cérémonie organisée à Pékin pour commémorer « la victoire de la Chine contre le Covid-19 ». Certaines salles de réunion lui sont réservées : « salle d’activité pour la 20e branche du Parti », peut-on lire sur une porte du département acoustique.

Fondée en 1991 à Zhuhai, juste à l’ouest de Shenzhen, Gree est l’un des fleurons de la politique d’ouverture lancée à l’époque par Deng Xiaoping. Employant aujourd’hui près de 90 000 salariés, le groupe se vante de vendre un climatiseur sur trois dans le monde. Détenue majoritairement par des actionnaires privés mais contrôlée, de fait, par des fonds d’investissement chinois, Gree fait partie de ces entreprises « aux caractéristiques chinoises » pas tout à fait opaques – elle publie un rapport annuel de plusieurs dizaines de pages –, mais pas tout à fait transparentes non plus. Son dernier rapport en anglais remonte à 2016.

Des dépôts de brevets décomptés mensuellement

Xi Jinping y est chez lui. Visitant le siège de l’entreprise en octobre 2018, le président y a fait l’éloge de l’innovation. Deux ans plus tard, alors que s’est ouvert, ce lundi 26 octobre, le 5e plénum du 19e congrès du Parti communiste, ses déclarations restent, plus que jamais, d’actualité : « Pour passer d’un grand pays à un pays puissant, nous devons accorder une importance fondamentale à l’économie réelle. L’industrie est une clé de l’économie réelle, et le fondement de la force de l’industrie est l’innovation ou le contrôle de technologies-clés. Nous devons rechercher l’innovation en comptant sur nous-mêmes, et j’espère que toutes les entreprises travailleront dans cette direction. »

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