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Au « procès du siècle » de la ‘Ndrangheta (la Mafia calabraise), dont les audiences préliminaires ont débuté en septembre à Rome, Nicola Gratteri, procureur général de Catanzaro, tient déjà la vedette. Icône de l’antimafia pour ses nombreux partisans, « showman » pêchant le criminel à trop gros filets selon ses opposants, ce Calabrais de 62 ans a conclu quatre années d’investigations par la mise en accusation de 452 membres ou complices présumés des clans enracinés dans la province de Vibo Valentia – mais opérant sur la planète entière. Les chefs d’accusation sont au nombre de 438 (association mafieuse, narcotrafic, enlèvement, usure, dissimulation de cadavre…)
Entre deux allers-retours à Rome, où il orchestre les premiers mouvements d’un procès marathon appelé à se poursuivre en Calabre en novembre, le magistrat a reçu Le Monde à Catanzaro, dans son bureau aux vitres blindées, protégé par plusieurs gardes du corps.
Avec 452 accusés, le procès antimafia baptisé « Rinascita Scott » est considéré comme le plus important depuis celui de Palerme, en 1986-1987, qui avait porté un coup dur à Cosa Nostra. Comment avez-vous mené les investigations ?
L’enquête « Rinascita Scott » est née le 16 mai 2016, le jour même où j’ai pris mes fonctions de procureur général de Catanzaro, dans ce bureau d’où je vous parle. Je voulais une vision plus large, ne plus se contenter de « petites choses » face à la ‘Ndrangheta que l’on doit considérer comme une organisation unitaire.
J’ai choisi la province de Vibo Valentia, où est établie la famille Mancuso, qui a des ramifications dans douze régions italiennes ainsi qu’en Amérique du Sud. Je me suis d’abord rendu à la prison de haute sécurité de Rebibbia afin de recueillir les précieuses confidences du collaborateur de justice Andrea Mantella. Puis, après plus de trois ans d’enquêtes – notamment au moyen de mises sur écoute –, nous pouvions démontrer que le clan Mancuso disposait de réseaux non seulement au sein de la ‘Ndrangheta au sens strict, mais également auprès de l’administration publique.
Sur le banc des accusés figurent des avocats, des élus, des syndicalistes, et même certains représentants des forces de l’ordre et du ministère de la justice… Est-ce là la principale originalité de ce maxi-procès ?
Auparavant, ces « cols blancs » apparaissaient ici ou là dans certaines affaires. Nos investigations démontrent le caractère systémique de leur implication. Il faut imaginer que lors d’un dîner estival en bord de mer pouvaient être assis à la même table ‘ndranghetistes, policiers, magistrats, élus et francs-maçons…
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