Comment un chef cuisinier danois est devenu une « taupe » à Pyongyang

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Ulrich Larsen (à droite) a piégé Alejandro Cao de Benós, ­businessman trouble, ami de la Corée du Nord.

C’est l’histoire d’un type ordinaire qui décide de passer le temps en infiltrant une association d’amitié avec la Corée du Nord, et se retrouve à négocier des contrats d’armement avec le régime de Pyongyang. Marié, père de famille, un appartement dans la banlieue de Copenhague et une pension d’invalidité pour cause de pancréatite chronique, Ulrich Larsen, 44 ans, était chef cuisinier, avant de devenir « la taupe » dans le documentaire du même nom, diffusé le 11 octobre sur les chaînes publiques scandinaves DR, SVT et NRK, ainsi que sur la BBC.

Le scénario est à peine croyable. Filmées en partie en caméra cachée, les images offrent pourtant des preuves difficilement réfutables sur le contournement des sanctions internationales par Pyongyang. Dès le lendemain de la diffusion du documentaire, les ministres des affaires étrangères danois et suédois ont d’ailleurs annoncé qu’ils allaient le présenter au groupe d’experts de l’ONU sur la Corée du Nord.

Physique passe-partout

Pour comprendre cette histoire rocambolesque, il faut revenir en 2009. Le journaliste danois Mads Brügger vient de terminer The Red Chapel, un documentaire dans la veine du film Borat, qui tourne en ridicule le régime nord-coréen. Ulrich Larsen le contacte sur Messenger : « Il avait vu le film et proposait ­d’intégrer l’association d’amitié dano-coréennee. » Son objectif : révéler au grand jour les méthodes du régime nord-coréen. Le journaliste n’y croit pas trop. Difficile d’imaginer les membres de l’association – de « pauvres types inoffensifs », selon Mads Brügger – détenir des secrets d’Etat. Mais il reste en contact avec l’ancien chef cuisinier. « Cela ne me coûtait rien et je voulais voir où cela pourrait mener. »

La bande-annonce (en anglais) du documentaire The Mole

Doté d’un physique passe-partout et de beaucoup de temps libre, Ulrich Larsen commence son infiltration. Il devient membre, participe aux réunions, qu’il ­propose de filmer, officiellement pour produire de petits films de propagande, postés sur YouTube. Rapidement, il monte en grade. Il entre à la direction, puis fait son premier voyage en Corée du Nord en 2012. On lui remet même une médaille, lors d’une cérémonie, pour son travail en faveur du régime.

Drôle d’entremetteur

Lors de ce premier séjour, Ulrich Larsen rencontre Alejandro Cao de Benós. Cet Espagnol préside l’association d’amitié avec la Corée (KFA), de dimension internationale – il assure que celle-ci compte 16 000 membres dans 120 pays. Le 1er mai dernier, Bloomberg Businessweek lui consacrait un très long portrait intitulé : « Vous voulez faire des affaires à Pyongyang ? Appelez le gars de la Corée du Nord en Espagne. » Ce drôle d’entremetteur, citoyen d’honneur de la dictature communiste, a fait l’objet d’une enquête en Espagne pour trafic d’armes.

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