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L’événement était fort policé et organisé par visioconférence pour cause de Covid-19, mais dans le petit monde des banques centrales, il était important. Mercredi 21 octobre, la Banque centrale européenne a organisé pour la première fois de ses vingt-deux ans d’existence une conférence « d’écoute » de la société civile, s’ouvrant au-delà du monde financier et politique. Associations environnementales, de défense des consommateurs ou encore syndicats étaient invités à exprimer leurs doléances devant Christine Lagarde, la présidente de la BCE, et Philip Lane, son économiste en chef.
La discussion, passionnante et tous azimuts allait de l’utilisation de la « monnaie hélicoptère » à la défense des épargnants écrasés par les taux négatifs, mais un sujet a fortement dominé : comment réduire l’impact de la BCE sur le réchauffement climatique ? Un rapport de Greenpeace publié mardi dénonce l’action de la Banque centrale, rappelant que celle-ci soutient régulièrement des entreprises polluantes. Dans son programme de rachat d’actifs, la BCE achète notamment de la dette des compagnies pétrolières Total, Eni et Shell, par exemple. « La BCE doit rejeter les obligations des entreprises qui détruisent le climat », estime Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace International.
Active sur les marchés
Longtemps, la question ne se posait pas : la BCE se contentait de fixer les taux d’intérêt et n’intervenait pas directement auprès des entreprises. Mais la crise de la zone euro et plus encore la pandémie ont changé la donne. La BCE est devenue extrêmement active sur les marchés, en achetant par milliers de milliards d’euros de la dette. A 80 %, il s’agit de la dette des Etats, mais la BCE agit aussi sur les entreprises. En juillet 2020, elle possédait à son bilan 241 milliards d’euros d’obligations d’entreprises. De quoi avoir une profonde influence sur le financement de l’économie.
Jusqu’à présent, la Banque centrale agissait suivant le principe de la « neutralité de marché » : dans ses achats, elle ne favorise aucun secteur ou aucun pays, mais réalise ses acquisitions en fonction du poids de chacun. Le résultat, selon Greenpeace, est catastrophique : 63 % des obligations d’entreprises qu’elle possède viennent de sociétés travaillant dans les secteurs « intenses » en émissions de gaz à effet de serre. Son portefeuille est notamment concentré sur les producteurs d’électricité et de gaz (16 %), les sociétés d’infrastructure et de transport (11 %), les constructeurs automobiles (9 %)… « La crise climatique est l’un des plus importants échecs du marché, qui n’inclut pas le prix des émissions de CO2, explique Adam Pawloff, de Greenpeace. Refléter le marché revient à conserver ce biais. »
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