Les Etats-Unis accusent l’Iran d’avoir orchestré une campagne d’e-mails menaçants visant l’élection

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En début de semaine, des Américains vivant dans plusieurs Etats du pays, en particulier en Floride et dans l’Alaska, ont reçu par courriel des messages très intrigants. Le sujet de ces messages était menaçant – « Votez pour Trump, sinon… » – tout comme leur contenu, promettant de « les retrouver » si ces électeurs, enregistrés comme démocrates auprès de leur Etat, ne changeaient pas leur affiliation et ne glissaient pas dans l’urne un bulletin en faveur du président sortant lors de l’élection du 3 novembre. Les messages semblaient émaner du groupe d’extrême droite américain Proud Boys, soutiens de Donald Trump.

Lors d’une conférence de presse organisée à la hâte mercredi 21 octobre, le directeur américain du renseignement, John Ratcliffe, a accusé l’Iran d’être derrière cette campagne de désinformation. Le haut fonctionnaire n’a pas donné de preuves à l’appui de son accusation. Le groupuscule des Proud Boys avait démenti toute implication, l’un de ses principaux chefs de file appelant les auteurs de la manipulation à « croupir en prison ».

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Les expéditeurs des messages déclaraient avoir obtenu « toutes les informations » des personnes ainsi menacées, mentionnant parfois leur adresse personnelle. Ils affirmaient aussi être capables de savoir pour qui a voté leur cible, ce qui est impossible, et avoir pénétré « l’intégralité de l’infrastructure électorale ». L’entreprise spécialisée Proofpoint a détecté plusieurs vagues d’envois, totalisant quelques centaines d’e-mails.

Cette opération était donc de faible magnitude. Elle était, de surcroît, techniquement très simple, ce qui explique sans doute en partie la célérité – trois jours – avec laquelle les autorités américaines ont désigné un responsable. Ces e-mails ont très vraisemblablement été envoyés en utilisant les informations contenues dans les listes électorales, très facilement accessibles aux Etats-Unis. Ces listes comportent de nombreuses informations personnelles, y compris l’affiliation à un parti politique. Les autorités américaines ont justement accusé mercredi l’Iran – mais aussi la Russie – d’avoir récupéré ce type d’information en amont de l’élection du 3 novembre. Munis de ces informations, les pirates ont utilisé – très vraisemblablement à leur insu – les serveurs informatiques d’une banque saoudienne et d’un éditeur estonien pour envoyer leurs messages, tout en usurpant l’identité des Proud Boys dans les messages envoyés. Une manipulation techniquement simple.

Débat sur le but réel de l’opération

Ces « e-mails contrefaits étaient censés intimider les électeurs, susciter de l’agitation sociale et nuire à Donald Trump » a déclaré le directeur du renseignement, John Radcliffe. Ces e-mails pouvaient en effet dépeindre les soutiens de Trump, et le président par ricochet, sous un mauvais jour. Donald Trump a régulièrement laissé entendre que l’Iran pouvait peser en sa défaveur et ces e-mails peuvent aussi être vus comme des éléments supplémentaires à l’appui de ses déclarations selon lesquelles l’élection de novembre est biaisée, en sa défaveur.

Est-ce à cause de la proximité de cette dernière ? Ce but précis prêté à l’opération par ce haut fonctionnaire, déjà vertement critiqué pour ses positions politiques, son inexpérience en matière de renseignement et sa proximité avec le président, a immédiatement été contesté. Chuck Schumer, sénateur démocrate qui fait partie des huit parlementaires recevant régulièrement des informations classifiées concernant les élections, a déclaré à la chaîne NBC avoir plutôt eu « la forte impression que [cette opération] visait à affaiblir la confiance dans les élections et n’était pas ciblée contre une personne en particulier ».

Cette offensive correspond en tout point à ce qu’anticipaient les services de renseignement : des opérations de manipulation destinées à saper la confiance des électeurs ou à introduire le doute dans l’issue du scrutin, notamment en laissant entendre que des pirates sont présents dans l’infrastructure électorale. La très faible ampleur de l’opération, les doutes émis très tôt sur la crédibilité de ces e-mails et l’accusation américaine ont grandement limité l’influence de cette offensive. L’Iran faisait partie des pays, avec la Russie, désignés par le renseignement américain comme susceptibles d’interférer dans les élections.

« Contrairement aux Etats-Unis, l’Iran n’interfère pas dans les élections d’autres pays », a réagi Alireza Miryousefi, un porte-parole de la mission iranienne aux Nations unies. « Tout le monde constate que les tentatives publiques de questionner l’issue des élections viennent de l’intérieur. Ces accusations, absurdes, ne sont rien d’autre qu’un nouveau scénario pour saper la confiance des électeurs. L’Iran n’a aucun intérêt à interférer dans l’élection américaine. Les Etats-Unis doivent cesser leurs accusations dangereuses et malveillantes contre l’Iran », a-t-il ajouté sur Twitter.

Des hauts fonctionnaires qui se veulent rassurants

Certains e-mails comportaient un lien vers une vidéo, retrouvée par les chercheurs de l’entreprise spécialisée Proofpoint. Il s’agit de la capture de l’écran d’un individu qui semble avoir eu accès aux informations des votants de plusieurs Etats. On l’y voit tenter de demander un bulletin pour voter à distance au nom d’une habitante de la banlieue d’Anchorage en usurpant son identité grâce à ses informations personnelles (adresse, numéro de téléphone). Rien n’indique que ces informations sont authentiques ni que la manœuvre aurait permis de voter à la place de la victime.

Les officiels américains ont tenté de rassurer. « Cette vidéo et toutes les affirmations portant sur des bulletins prétendument frauduleux sont fausses », a expliqué M. Ratcliffe, qualifiant ces « actions » de « tentatives désespérées ».

« Notre infrastructure électorale est résistante. Vous pouvez avoir confiance : votre vote sera pris en compte. Les affirmations précoces et non vérifiées doivent être considérées avec grande prudence » a poursuivi le chef du FBI, Christopher Wray, qui intervenait aussi lors de la conférence de presse.

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