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Confrontés à la faim, plusieurs habitants de la région de l’Androy livrent ici des témoignages d’un quotidien devenu extrêmement précaire.
SOUREYAH VOLOLOMIHAINGO
Cette assistante sociale de 31 ans travaille au centre d’écoute et de conseils juridiques de Tsihombe, la commune chef-lieu du district éponyme, une des zones les plus touchées par le kéré.
“Les gens ont toujours faim. L’Etat est en train de faire des recensements. Des médecins sont quand même arrivés de la capitale pour ausculter, peser la population et faire des enquêtes. Ce sont seulement les plus pauvres qui ont reçu des colis des autorités. Mais une seule fois depuis le déconfinement. Depuis, il n’y a plus rien eu. Il parait que le président va revenir la semaine prochaine… Certains espèrent qu’ils va résoudre les problèmes. Mais jusque là il n’y a que des promesses.“
BERNARD TOLIA
Il est le maire d’Anjapaly depuis 2016. Cette commune de 32 000 habitants est baptisée dans la région “la capitale de la faim“.
“La situation est très difficile ici. C’est désespérant. Même des ministres qui sont passés par là ont pleuré en voyant l’état des habitants. Il y a bien eu des recensement mais pas de distribution depuis. Les habitants ont vendu tous leurs bétails. Zébus, moutons, poules… Ils ont mangé beaucoup de fruits de cactus, mais il n’y en a même plus. Alors, à midi, ils mangent de la cendre bouillie dans de l’eau chaude. Cela les fait tenir la journée. Le soir, ils ne mangent que des feuilles de cactus. Beaucoup d’enfants ont des gros yeux et plus du tout de chair sur les joues. Soit leur ventre est très gros, soit on ne voit plus que leur cage thoracique.“
“Selon les chiffres que j’ai pu récolter, il y a déjà eu 75 morts à cause de la faim cette année. Des vieux et des très jeunes enfants en majorité. Je n’ai pas peur de dire ça, j’ai toutes les preuves ! On m’a menacé, on m’a empêché de dire la vérité, mais je ne me tairai pas. Nous n’avons pas eu de vraies pluies ici depuis trois ans. On se trouve dans une région où il y a beaucoup de vent et pas d’eau. Il fait très chaud. Des gens ont essayé de partir vivre ailleurs, dans d’autres régions. Lorsqu’ils arrivent là bas, ils coupent du bois et les habitants locaux les chassent. Alors, ils reviennent ici. On aurait besoin de solutions à long terme. Nous n’avons pas d’eau. Pourtant c’est l’eau qui nous fait vivre et qui peut rendre nos cultures productives.“
“Les gens d’ici ne se marient qu’entre eux. Cela fait partie de nos coutumes. Quitter leur terre est difficile pour eux. Avant les habitants d’ici pouvaient partir jusqu’à la mer pour pêcher et avoir des poissons. Maintenant ils n’ont plus la force de se déplacer. La coutume pose aussi un autre problème : si un Antandroy (ndlr : un habitant de la région de l’Androy) meurt, on brûle avec lui toutes ses richesses, sa maison et son bétail. Donc ses enfants n’héritent de rien, cela contribue à leur extrême pauvreté. Face à la situation, nous adressons des prières au grand Dieu. Chaque commune a tué un zébu en sacrifice pour demander la pluie au Seigneur. Le gouvernement a offert quatre zébus que l’on l’a brûlés. On prie et on s’agenouille pour demander pardon.”
EMILIEN RANDRIAMANJATO
Âgé de 55 ans, il a 10 enfants, 7 petits enfants. Il est le président du quartier de Behondatsy Lui et sa femme n’ont pas de travail en ce moment.
“J’ai déjà perdu cinq personnes de ma famille : deux oncles, une tante tante et deux de mes neveux. Ils sont tous morts de faim. Le petit garçon avait 6 ans et la petite fille en avait 5. Ils étaient faibles, n’avaient rien à manger. Les raketa mena que l’on ramasse sur les cactus les ont rendus malades et ils sont morts.“
“Pour gagner un peu d’argent, on a vendu tout notre matériel de pêche. Du coup, on ne peut plus pêcher. Parfois, on se débrouille, on emprunte le matériel des autres. Il faut marcher toujours plus loin. C’est difficile quand on manque de forces. Avant il y avait 1000 habitants dans mon quartier. En deux ans, la moitié des gens est partie. C’est devenu invivable ici mais je me dis que ce ne sera pas mieux ailleurs. On vit dans la peur. Je crois bien que le temps que nos demandes soient entendues nous serons tous morts.“
PASCALINE ZANAMASY
Une mère de quatre enfants de 45 ans. Elle est enseignante et gagne plutôt “bien” sa vie contrairement aux autres habitants.
“La vie est devenue dure ici. Le prix de la lentille a doublé. On paye 50 000 ariary (environ 11 euros) pour un sac de 50 kilos. Beaucoup de gens ne peuvent pas payer de telles sommes. Ils ont vendu leurs dernières marmites. Ils n’ont plus rien. Alors, ils ne mangent plus. On sent vraiment qu’ils sont proches de la fin… Il faut marcher quatre kilomètres pour trouver de l’eau. Plus personne n’a la force de marcher aussi longtemps ! Les enfants ne viennent plus à l’école. En ce moment, on se bat, on se dispute entre nous pour pouvoir être dans la liste des bénéficiaires des dons. La priorité est donnée aux petits enfants, aux vieux et aux femmes enceintes.“
“Mon oncle est mort de la faim. Il avait 70 ans et habitait seul. Il avait un peu honte de demander de l’aide à la famille. Il avait sa fierté. Il ne voulait surtout pas déranger les autres. Il en est mort… Je suis très triste de l’avoir perdu. En écoutant les promesses du président et des représentant de l’Etat, j’ai un peu d’espoir. On verra. Il faudrait qu’ils proposent des solutions à long terme. En attendant, beaucoup d’entre nous font le choix de quitter la région. Ils partent travailler à Tuléar pour devenir gardiens ou tireurs de charrettes. C’est le seul moyen de gagner un peu d’argent. Ici, c’est devenu trop difficile. Je crois que nous, on est vraiment oubliés par le Seigneur.“
Volana Razafimanantsoa
PREMIÈRES DISTRIBUTIONS CE MATIN
L’opération “Kéré 2020” a déjà permis de récolter un peu plus de 90 000 euros à La Réunion. Comme annoncé, l’association Kéré présidée par Jean-Marc Colline a mandaté le Gret, une ONG qui était déjà prête à intervenir dans la zone. Une première distribution alimentaire aura lieu dès ce jeudi pour 108 familles et plus de 200 enfants dans deux communes ; Antaritarika et Nikoly ; où la situation est particulièrement critique. Cette aide d’urgence est composée de céréales et de légumineux mais aussi de farines infantiles locales. Au total ce sont 2000 sachets de farines, 650 kilos de maïs et 200 kilos d’haricots blancs qui vont être distribués aujourd’hui et demain. Deux camions citernes vont également assurer un ravitaillement en eau potable en acheminant 11 000 litres qui seront stockés sur place.
Faire un don ?
• Par chèque. À l’ordre de l’association “Kéré” – 1 rue Roland Garros – 97400 Saint-Denis
• Par virement bancaire
IBAN : FR93 2004 1010 2105 9033 4K01 877
BIC : PSSTFRPPSDR• Des urnes sont également disponibles dans les agences
Grâce à l’action de l’association Kéré, 200 enfants vont bénéficier dès ce matin du Journal de l’île à Sainte-Clotilde et Saint-Pierre.
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