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A l’issue de son second mandat de président de la Commission européenne, José Manuel Barroso était parti travailler pour Goldman Sachs. En juillet 2016, le Portugais était devenu président non exécutif du conseil d’administration de la banque d’affaires, mise en cause dans la crise de la dette grecque. Mais pour un célèbre pantouflage, combien de fonctionnaires européens moins connus monnaient leur connaissance des rouages et des institutions de l’Union européenne (UE) avec des entreprises ou des cabinets de lobbying ?
Selon les chiffres obtenus par Corporate Europe Observatory (CEO), une ONG spécialisée dans le lobbying au sein de la « bulle bruxelloise », 951 fonctionnaires et contractuels ont quitté la Commission et ses agences en 2019 pour un autre emploi. Alors que l’administration de l’UE doit examiner les demandes de départ de ses employés pour le privé, un rapport de CEO, publié jeudi 22 octobre, pointe un taux de rejet quasi nul. Seuls six d’entre eux se sont vu opposer un refus. Soit un taux de rejet de 0,62 %. Le passage de fonctionnaires européens par les « revolving doors » (« portes tambour ») va donc bon train. Au risque de créer des situations de conflit d’intérêts.
Précieux carnet d’adresses
En sus de leur CV, ces fonctionnaires emportent avec eux leur précieux carnet d’adresses, ainsi qu’une fine connaissance des organigrammes et des us des institutions, non définies, elles, par les textes officiels. Une compréhension des jeux de pouvoir internes et des sensibilités personnelles facilite un accès privilégié aux décideurs publics quand on est passé du côté de ceux dont le métier est de les influencer. Le phénomène « érode les frontières entre l’intérêt public et l’intérêt des entreprises, porte atteinte à l’intégrité de l’élaboration des politiques publiques, et sape la confiance de l’ensemble du public », regrette CEO.
Au fil des parcours de trois fonctionnaires européens, l’ONG met en évidence des règles laxistes et une absence totale de vérification de leur respect. Débauchée par Facebook en mai pour diriger son équipe de lobbying européen, Aura Salla quittait ainsi son poste de conseillère au service Inspirer, débattre, engager et accélérer l’action (Idea). Cybersécurité, désinformation et interférence électorale, défense de l’UE ou Russie : des sujets dont la Finlandaise était spécialiste et qui sont d’une importance stratégique pour Facebook.
Le règlement fixant le statut des fonctionnaires de l’UE stipule que ceux-ci ne peuvent s’engager dans une activité en lien avec leur travail au cours des trois années précédentes. Ou alors, selon certaines conditions. Dans le cas de Mme Salla : aucun contact direct avec ses anciens collègues pendant six mois et « s’abstenir d’exploiter des connaissances de nature confidentielle en matière de politiques publiques, de stratégie ou de processus internes qu’elle aurait pu acquérir dans le cadre de ses fonctions ». Autrement dit, les raisons mêmes pour lesquelles Facebook recrute des personnes ayant son profil.
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