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Le 30 septembre 2015, dix ans jour pour jour après avoir publié, pour la première fois, les caricatures de Mahomet, le quotidien danois Jyllands Posten a réimprimé la page. Sauf qu’à la place des douze dessins, le journal a laissé douze espaces vides. Impossible de republier les caricatures : « Nous sommes trop exposés, nous ne pouvons plus le faire », expliquait le rédacteur en chef de l’époque, Jorn Mikkelsen. Il résumait : « Qu’avons-nous appris en dix ans ? Que la violence marche. »
Juste après l’attentat contre Charlie Hebdo, en janvier 2015 à Paris, Jyllands Posten avait déjà été un des seuls journaux danois à ne pas republier les dessins. Jacob Nybroe, l’actuel rédacteur en chef, défend la décision de ses prédécesseurs. Sa position reste la même. L’attaque près des anciens locaux du journal satirique français, le 25 septembre, et l’assassinat du professeur Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 16 octobre, montrent, selon lui, « que la menace n’a pas changé, malgré les quinze années qui ont passé ».
Jacob Nybroe rappelle que « quatre attentats contre le journal ont été déjoués, entre 2008 et 2009 ». Ultrasécurisés, le siège social du journal, à Aarhus, et sa rédaction dans le centre de Copenhague ont, depuis, des allures de forteresses imprenables.
Avant le début du procès des attentats du 15 janvier, Charlie Hebdo a demandé l’autorisation de republier la page telle qu’elle avait été imprimée, en 2005. Il a dit non : « Parce que nous refusons de le faire nous-mêmes, nous ne pouvons pas donner l’autorisation à quelqu’un d’autre, argue-t-il. Ce serait de la lâcheté. Et surtout, cela engendre des risques pour notre sécurité. C’est d’ailleurs le cœur du problème : nous n’osons plus. Cela ne veut pas dire que nous renonçons à défendre la liberté d’expression, mais sur ce sujet précis, nous avons abandonné le terrain. »
Tentatives d’assassinat
Ancien chef des pages culture, le journaliste Flemming Rose est critique. Le 30 septembre 2005, il avait signé le texte accompagnant les dessins. En mars 2007, il a témoigné au procès de Charlie Hebdo, à Paris. Depuis l’attaque contre l’hebdomadaire satirique, il vit constamment sous protection policière. En 2016, il a quitté le journal, après que la direction a tenté de lui imposer le silence sur tous les sujets liés aux caricatures.
Flemming Rose ne reproche pas à Jyllands Posten de ne pas republier les dessins, car « on connaît les risques et on ne peut pas demander à des gens de se mettre en danger ». Mais il voudrait que le quotidien reconnaisse qu’en cédant aux menaces, « il y a un prix à payer, sous la forme de plus d’autocensure et moins de liberté d’expression ». Le dilemme est terrible, admet-il : « Personne ne doit risquer sa vie pour un dessin, mais que faire quand, en face, il y a des gens qui sont prêts à tuer pour ce dessin ? »
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