Le triomphe et les dégâts de « l’Amérique d’abord »

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« Souveraineté » : ce jour-là, Donald Trump répète le mot à 21 reprises. A l’occasion de son premier discours devant l’Assemblée générale de Nations unies, le 19 septembre 2017, le nouveau président américain confirme le cap énoncé pendant la campagne : « L’Amérique d’abord ». Un slogan, mais aussi une vision des relations internationales reposant sur le chacun pour soi, transactionnelle, sans affect, révisant les rapports avec alliés et régimes autoritaires, faisant fi des contingences du passé. « En tant que président des Etats-Unis, je mettrai toujours l’Amérique en premier. Tout comme vous, en tant que leaders de vos pays, mettez toujours et devez toujours mettre vos pays en premier », a-t-il assuré.

Emmanuel Macron, Angela Merkel et  Donald Trump, lors de la cérémonie commémorant les 100 ans de l’ armistice, devant l’Arc de Triomphe, à Paris, le 11 novembre 2018.

Donald Trump s’est construit sur une conception du monde assez sombre dans laquelle les alliances sont systématiquement mises à profit par les partenaires des Etats-Unis pour abuser de leur bienveillance supposée. « Je déteste devoir dépendre de mes amis. Je ne suis pas quelqu’un qui fait confiance. Je ne veux dépendre que de moi-même », expliquait l’homme d’affaires dans un entretien au magazine Newsweek en 1987.

Il est aussi adepte d’un relativisme qui lui fait dédaigner toute forme d’exceptionnalisme américain. Comme le notent les historiens Charlie Laderman et Brendan Simms, Donald Trump, né en 1946, est le contemporain de trois impasses américaines, en Corée pendant son enfance, au Vietnam dans sa jeunesse et en Iran alors qu’il se lance dans les affaires. Ces impasses, alors que la puissance américaine, notamment militaire, est pourtant déjà écrasante, alimentent une attitude dans l’opinion qui veut que chaque obstacle ne peut être que le résultat d’une défaillance de leadership.

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« Notre pays a besoin d’un véritable grand leader. Et il a besoin d’un véritable grand leader maintenant », lance-t-il lors de sa déclaration de candidature, en juin 2015. Il renchérit dans son discours d’acceptation de l’investiture républicaine à Cleveland, en juillet 2016, lorsqu’il assure être « le seul » à pouvoir régler les problèmes des Etats-Unis. Donald Trump est aussi prompt à stigmatiser les faiblesses supposées de ses prédécesseurs qu’à vanter le talent de ceux auxquels ils se sont heurtés, ces hommes « forts » auxquels il prête toujours une efficacité présentée comme remarquable, Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan et même Xi Jinping jusqu’à la crise du coronavirus.

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