[Société] Association des professeurs d’histoire-géo à La Réunion : “Nous devons résister”

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Pour le président de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie à La Réunion, c’est “la connaissance qui émancipe les élèves”. Alors hors de question de baisser les bras, quand bien même toute la profession est sous le choc.

Bernard Hay, comment vous sentez-vous, vous et vos collègues, trois jours après l’agression atroce de ce professeur d’histoire-géographie ?

“La première réaction a été la sidération, l’incompréhension. Qu’un collègue soit ainsi poignardé, décapité, c’est non seulement une horreur mais trancher la tête est aussi un acte symboliquement abject. Nous sommes tristes, nous condamnons, nous rendons hommage à ce collègue mais maintenant, nous ne devons pas lâcher, nous devons continuer notre mission, comme avant.

 

Comme avant, c’est vraiment possible ?

Bien sûr que c’est possible, c’est même indispensable. Dans l’époque compliquée que nous vivons, il faut résolument continuer à enseigner, transmettre, expliciter les valeurs de la République. C’est le sens de cet enseignement moral et civique, dans lequel ce collègue de Conflans Sainte-Honorine abordait la question fondamentale de la liberté d’expression. Nous sommes 30 000 professeurs d’histoire-géographie en France, dont 800 à La Réunion, dont le rôle est d’apporter des clés pour aider à expliquer le monde et il n’est pas question de démissionner, d’abandonner, que l’obscurantisme et la barbarie nous obligent à nous censurer.

 

“Il n’est pas question de démissionner, d’abandonner, que l’obscurantisme et la barbarie nous obligent à nous censurer”.

 

 

 

Entre collègues, certains n’expriment-ils pas des appréhensions accrues, au fil du temps, en maniant des concepts qui secouent manifestement une partie de la société ?

Ce n’est pas simple, en effet, d’encaisser certains comportement, des actes d’incivilités. Notre métier est difficile parce que justement nous sommes au cœur du sujet : l’école de la République est construite sur des valeurs, avec un recrutement d’enseignants de haut niveau, à bac+5, dont la mission est de mettre à distance les documents dont nous disposons pour en faire jaillir une vérité dans son contextes, avec des méthodes de recherches scientifiques renouvelées. C’est très compliqué en histoire immédiate mais c’est essentiel.

 

Quel est le contenu de cet enseignement civique et moral ?

Il est strictement défini par le bulletin officiel (lire par ailleurs) autour de thématiques telles que respecter autrui, acquérir et partager les valeurs de la République, construire une culture civique. Le collègue de Conflans était tout à fait dans ce cadre-là avec la liberté pédagogique de l’enseignant, qui va conduire à une réflexion avec de la nuance, du point de vue et du contre-point de vue, avec discernement, sur des thématiques qui intéressent les jeunes. L’école de la République est l’école de tous, républicaine et laïque. Nous sommes un espace de neutralité des fonctionnaires d’Etat. Nous ne sommes pas des prosélytes, pas des militants, il faut insister là-dessus.

 

Ces caricatures ont-elles un intérêt pédagogique ?

Bien entendu. Rappelons qu’au début du 20ème siècle, les caricatures étaient d’une grande violence, dans la presse écrite. Remettre ces documents en perspective c’est exactement cette mission pour laquelle nous résisterons. Aussi nous réaffirmons avec force l’autonomie du professeur et donc sa liberté pédagogique.

 

Comment faire quand le lien entre parents et professeurs ne cesse de se tendre ?

Nous vivons dans une crise sociétale marquée par la mondialisation, les réseaux sociaux, autant de paramètres qui changent effectivement le rapport entre les acteurs sociaux. Nous avons aussi assisté à une réduction du nombre de postes, qui influe forcément sur les liens avec les élèves. Nous savons que sur certains sujets les discussions peuvent déraper mais pour résister, il faut être instruit. Alors nous sommes dans cet état d’esprit de résistance, de résilience avec la volonté de construire l’avenir.

 

Pensez-vous que La Réunion peut se sentir préservée de telles tensions mortifères ?

J’ai entendu sur les radios et lu sur les réseaux sociaux beaucoup de confusions entre islam et islamisme, entre caricature et image pornographique. Il ne faut pas être des Bisounours, même si nous sommes sur un territoire qui aime mettre en avant son vivre-ensemble, nous ne sommes pas à l’écart du monde. Or depuis la suppression du service militaire en 1997, l’école est l’un des derniers lieux où toutes les catégories sociales se retrouvent. En ce sens, c’est un modèle de société. C’est le lieu de la connaissance, or c’est la connaissance qui émancipe l’élève. Même si c’est difficile, ne lâchons rien”.

Entretien : David Chassagne

 


 

Respect et République

 

En cycle 4 (5e, 4e et 3e), l’enseignement moral et civique vise à aider l’élève à construire le respect de soi et des autres, comprendre la notion de droits et devoirs d’un individu, identifier les formes de discriminations, comprendre le rôle de la loi dans une société. Il entend aussi enseigner les valeurs et symboles de la République mais aussi les principes qui permettent à une démocratie de fonctionner, parmi lesquels la liberté d’expression, notamment dans le cadre de débats où l’élève peut exprimer son opinion et apprendre à respecter celle des autres.

 

Cet enseignement est cadré par le Bulletin officiel du 26 juillet 2018 et “s’effectue, chaque fois que possible, à partir de l’analyse de situations concrètes, autant que possible” et “l’enseignant exerce sa responsabilité pédagogique dans les choix de mise en œuvre en les adaptant à ses objectifs et à ses élèves”, selon le texte.

 

 

 

 

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