En Belgique, le calvaire mortel d’un étudiant noir

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L’université flamande de Louvain (KUL), en Belgique, en avril 2019.

LETTRE DE BRUXELLES

Il était, comme on le dit en Flandre, un zondagskind, un enfant du dimanche. Un heureux jeune homme de 20 ans « qui traversait la vie en souriant », dit de lui son grand frère, Seydou, dans le journal De Standaard. Sanda Dia, né d’une mère belge et d’un père sénégalais, avait tous les talents : il adorait la musique, se faisait des amis partout, jouait tellement bien au foot qu’un grand club s’intéressait à lui. Il se lançait surtout dans des études d’ingénieur, qu’il espérait terminer au Japon. « Reuzegom » ne lui en aura pas laissé le temps.

Ce cercle d’étudiants issus de très bonnes familles, riches et influentes, adorait les bizutages, appelés ici « baptêmes ». L’un des membres du club select, qui était chargé de « dompter les bleus » – les nouveaux venus –, avait promis, pour 2018, une année « folle et brutale ». Anecdote : parfois moqué pour sa petite taille, cet individu objectait que « notre bon ami allemand Hitler » n’était, lui non plus, pas très grand…

Ce jeune homme participa en tout cas à la cérémonie initiatique, une séance répartie sur deux jours et longue de trente heures, conforme au programme : brutale et folle. Mortelle, surtout : Sanda Dia, relevé agonisant, est mort d’une crise cardiaque, avec une température corporelle tombée à 27 degrés et un taux de sel incroyablement élevé dans le sang.

Traces effacées

En Belgique, comme ailleurs, l’actualité a été émaillée des récits de ces « baptêmes » étudiants qui tournent mal. Prétendument festives et non obligatoires, ces séances où une humiliation acceptée est censée favoriser l’intégration font rarement dans la dentelle. Elles ne mettent, heureusement, pas toujours des vies en danger. Or, c’est bien ce qui s’est produit ce 5 décembre quand, après des scènes inouïes confinant à la plus abjecte des tortures, le jeune Sanda s’est effondré.

L’affaire est un peu passée sous les radars des journalistes à l’époque. Peut-être parce que les autorités judiciaires ne lui ont pas donné beaucoup d’écho, la résumant à un regrettable accident. Peut-être parce qu’il fallait ménager des familles honorables – dont celle d’un magistrat. Peut-être parce que l’université flamande de Louvain (KUL) semblait pressée de passer l’éponge : elle décréta une trentaine d’heures de travaux « d’intérêt général » pour les membres de la confrérie impliqués et l’obligation de rédiger un travail écrit sur la signification des « baptêmes »… Peut-être, enfin, parce que les « Reuzegom » – leur nom vient d’un chant traditionnel – avaient habilement, et rapidement, effacé toutes les traces de leurs sinistres exploits sur les réseaux sociaux.

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