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L’homme est un adepte des provocations néonazies, mais celle-ci pourrait enfin lui coûter sa carrière politique. Dans une décision historique, le chef du principal parti d’extrême droite slovaque a été condamné lundi 12 octobre à quatre ans et quatre mois de prison pour avoir « fondé, soutenu et promu un mouvement visant à supprimer les droits et libertés fondamentaux » par le tribunal de Pezinok, dans les alentours de Bratislava. Agé de 43 ans, Marian Kotleba était spécifiquement poursuivi pour avoir distribué, en 2017, des chèques de 1 488 euros à trois familles, lorsqu’il était président de la région de Banska Bystrica, dans le centre du pays.
Même s’il a plaidé la simple coïncidence, le tribunal a jugé que le montant de 1 488 euros était clairement un symbole néonazi affirmé, d’autant plus que la cérémonie de remise des chèques a eu lieu devant 300 invités le jour anniversaire de la création de l’Etat pronazi slovaque en 1939. Dans la galaxie néonazie, le chiffre 14 représente les 14 mots d’un célèbre slogan du suprémaciste blanc américain David Lane, et 88 symbolise le « HH » de « Heil Hitler », huitième lettre de l’alphabet.
Avant de fonder en 2010 son parti nommé « Kotleba – Parti populaire-Notre Slovaquie » (LSNS), M. Kotleba, qui aime se faire appeler « Vodca », soit « Führer », par ses partisans, s’était déjà fait connaître pour ses propos laudateurs de Jozef Tiso, le dictateur pronazi qui a dirigé la Slovaquie entre 1939 et 1945. Et il affectionnait aussi les défilés nocturnes avec torches et tenu militaire, ainsi que les propos violemment anti-Roms, dans un pays où ils représentent environ 9 % des 5,5 millions d’habitants. Il avait été poursuivi pour avoir distribué des tracts en 2009 promettant « d’éliminer les avantages injustes » des « parasites tziganes », mais avait été acquitté en appel.
Propos anti-Roms « largement acceptés »
Longtemps vu comme un phénomène marginal, Marian Kotleba a surpris la classe politique locale en s’emparant en 2013 de la région de Banska Bystrica. A la tête du conseil régional, il multiplie les provocations racistes en toute impunité. Mais il fait face à de multiples accusations de népotisme et de favoritisme, qui finiront par lui faire perdre les élections en 2017. Entre-temps, il a réussi à faire son entrée en 2016 au Parlement national en obtenant 8 % des voix, et 14 sièges de députés sur 150. Il a maintenu son score aux dernières législatives de février 2020 en remportant 17 sièges. Il dispose également de deux eurodéputés avec qui personne ne veut siéger à Strasbourg.
« Avant cela, ses propos anti-Roms étaient largement acceptés socialement, et il n’y avait pas de volonté d’enquêter sur ces sujets », Irena Bihariova, avocate
« On attendait cette décision depuis plus de dix ans », salue Irena Bihariova, avocate, présidente du parti libéral Slovaquie progressiste et militante historique du durcissement de la législation sur les discours de haine en Slovaquie. Elle a notamment participé à la formation en 2017 de sections spécialisées dans la police et la justice pour lutter contre l’impunité alors en cours. « Avant cela, ses propos anti-Roms étaient largement acceptés socialement, et il n’y avait pas de volonté d’enquêter sur ces sujets », explique-t-elle. « Malheureusement, entre-temps, son parti est devenu mainstream. »
Face aux menaces de poursuite, M. Kotleba a en effet modéré son discours pour opter pour une ligne antimigrants plus habituelle pour l’Europe centrale contemporaine. Lundi soir, il a annoncé son intention de faire appel de la décision. En cas de confirmation de la peine, le leader d’extrême droite devrait perdre son siège de député, ce qui pourrait signifier la fin du parti qui porte son propre nom. Mais, en 2020, un de ses députés a été réélu au Parlement après avoir été condamné et déchu de son poste pour avoir affirmé que « les asociaux tziganes n’ont jamais rien fait pour la nation » et comparé les enfants roms « à des animaux dans un zoo ».
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