la guerre républicaine contre le vote

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Le 30 mars, Donald Trump bavarde par téléphone, comme il en a souvent l’habitude, avec les animateurs de la matinale de Fox News, « Fox and Friends ». Au détour d’une question, il revient sur l’un des tout premiers projets de loi présentés à la Chambre des représentants par la nouvelle majorité démocrate, en janvier 2019, le For the People Act of 2019, qui visait à étendre la participation électorale. « Les choses qu’ils avaient mises là-dedans étaient folles », assure-t-il. « Si jamais vous les acceptiez, vous n’auriez plus jamais un républicain élu dans ce pays », jure le président des Etats-Unis.

La menace supposée que représente le vote est dénoncée avec constance par une bonne partie de la droite américaine. L’un de ses stratèges les plus incisifs dans les années 1970, Paul Weyrich, l’avait théorisée en 1980 dans une tirade restée célèbre régulièrement citée aujourd’hui par le camp démocrate. « Je ne veux pas que tout le monde vote. Les élections ne sont pas remportées par une majorité de la population. Elles ne l’ont jamais été depuis les débuts de notre pays et elles ne le sont pas non plus maintenant. En fait, notre influence dans les élections, si on veut parler franchement, monte à mesure que [la participation] diminue », avait-il déclaré lors d’un rassemblement de la droite religieuse, en 1980.

« Mythe de la fraude »

Cette préoccupation ancienne a été ravivée ces dernières années par la transition démographique en cours aux Etats-Unis. Cette évolution tournera la page, d’ici au milieu du siècle, d’une population majoritairement blanche et protestante, dont l’aile conservatrice constitue le socle électoral républicain. Cette perspective explique les efforts déployés par le Grand Old Party pour retarder l’échéance, bien au-delà de la pratique du « charcutage électoral » (« gerrymandering »), partagée par les deux principaux partis américains.

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Cet activisme s’appuie de longue date sur ce que le Brennan Center for Justice, une organisation progressiste consacrée aux politiques publiques, qualifie de « mythe de la fraude », dans une étude publiée dès 2007. Elle met en évidence l’écart entre l’intensité de ses dénonciations par le camp républicain et l’absence de faits permettant d’étayer un caractère massif. Protéger l’intégrité et la légitimité du vote est l’argument systématiquement avancé par les républicains pour justifier leurs tours de vis. Ils ont été soutenus dans les Etats « rouges » par l’American Legislative Exchange Council, un groupe d’influence financé en partie par les milliardaires David (jusqu’à sa mort) et Charles Koch.

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