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Quelle est la différence avec le mois de mars 2020, quand la République tchèque donnait des leçons à toute l’Europe en prétendant avoir échappé au Covid-19 en rendant le masque obligatoire avant tout le monde pour stopper l’épidémie ? Vendredi 9 octobre, le pays d’Europe centrale a enregistré le chiffre record de 8 618 cas détectés en un seul jour, pour une population d’à peine 10,7 millions d’habitants. Avec 521,5 contaminations pour 100 000 habitants enregistrés ces 14 derniers jours, la République tchèque est désormais de loin le pays d’Europe le plus exposé au coronavirus, selon le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies, dépassant la France (299,7) ou l’Espagne (299,8).
Alors que les Praguois avaient symboliquement fêté la fin de l’épidémie en organisant un repas géant sur le célèbre Pont Charles le 1er juillet, l’heure n’est plus à la fête. Lundi 12 octobre, à l’issue d’une interminable réunion gouvernementale témoignant des dissensions au sein de la coalition au pouvoir, le premier ministre Andrej Babis a annoncé des mesures drastiques. En plus des institutions culturelles déjà fermées, les bars et les restaurants seront forcés de baisser le rideau à partir de mercredi, sauf pour la vente à emporter. Les réunions de plus de six personnes sont interdites. Surtout, les cours sont suspendus dans l’ensemble des institutions éducatives à l’exception des écoles maternelles jusqu’à début novembre au moins. Avec son voisin slovaque qui a fermé les établissements secondaires, le pays est le premier d’Europe à prendre une telle décision face à la deuxième vague.
« C’est une décision très difficile, mais nous n’avons droit qu’à un seul essai et il doit être couronné de succès », a justifié Andrej Babis, en expliquant qu’il fallait absolument stopper la propagation de l’épidémie avant fin octobre pour éviter « un scénario à l’israélienne ou à l’italienne ». Avec 2 146 patients hospitalisés, dont 426 en soins intensifs, les hôpitaux tchèques ne sont pas encore débordés, mais « nous pouvons nous attendre à ce qu’environ quatre mille patients soient hospitalisés d’ici la fin du mois », a estimé le vice-ministre de la santé Aleksi Sedo dans un entretien à la radio publique.
L’objectif des mesures présentées lundi, qui ressemblent de plus en plus à un second confinement même si le gouvernement refuse d’en dire le nom, est d’éviter ce pic. Même si l’exécutif estime pouvoir déployer jusqu’à 10 000 lits d’hôpital dédiés au Covid-19, le pays souffre d’un taux de contamination inquiétant de ses personnels hospitaliers, avec près de 3 000 médecins et infirmiers officiellement malades.
La stratégie présidentielle fustigée
Ces mesures sont aussi destinées à répondre aux critiques alors que M. Babis est accusé d’avoir sous-estimé la seconde vague. Ce milliardaire de 66 ans, désigné premier ministre en 2017 à la tête d’une formation « antisystème », a lui-même reconnu avoir réagi trop tard après la rentrée. Et depuis, les signes de cacophonie se multiplient entre son parti, nommé Action des citoyens mécontents (ANO), et ses alliés sociaux-démocrates incarnés par leur très actif président, le ministre de l’intérieur Jan Hamacek qui a évoqué la perspective de déployer « des congélateurs pour les cadavres dans les rues » si aucune décision n’était prise.
Le 21 septembre, face aux premiers signes de résurgences, le ministre de la santé Adam Vojtech, membre d’ANO, avait déjà préféré démissionner pour laisser sa place à un épidémiologiste reconnu. Depuis, ce dernier s’emploie à faire regagner de la cohérence à la politique sanitaire du gouvernement. « Combattre toute épidémie est un processus à long terme et une stratégie claire et réfléchie est nécessaire pour la gérer avec succès », a répété le ministre mardi soir, en présentant également « ses excuses » pour la levée de toutes les mesures de restriction pendant l’été. De nombreux Tchèques en avaient profité pour partir en vacances à l’étranger et avaient cessé de porter le masque dans tous les espaces publics.
En multipliant les propos à tout-va comme à son habitude, Andrej Babis ne semble toutefois pas pouvoir s’en tenir à la ligne fixée par son ministre de la santé. Alors que la République tchèque affiche aussi le taux de mortalité le plus fort de l’Union européenne avec 4 décès pour 100 000 habitants ces 14 derniers jours et qu’elle a franchi la barre symbolique des 1 000 morts, il n’a ainsi pu s’empêcher de minorer ce palier. « 1 000 morts, c’est la mortalité de trois jours normaux en République tchèque », a-t-il déclaré, avant d’évoquer « la grand-mère de notre collègue, qui a eu un accident vasculaire cérébral et qui a été hospitalisé à côté de quelqu’un avec le Covid. Et qui, du coup, est morte avec le Covid ».
Cette déclaration a suscité la colère de l’opposition qui a demandé l’organisation d’un vote de confiance alors que la coalition au pouvoir ne tient que grâce au soutien sans participation du parti communiste. « Il est inacceptable que le pays soit dirigé plus longtemps par ce premier ministre qui est personnellement responsable de la situation désespérante actuelle et ne sait manifestement pas comment en sortir », a ainsi fustigé Petr Fiala, le président du Parti démocratique civique (ODS, conservateur).
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