Silas Malafaia, pasteur en mission pour Bolsonaro

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Le pasteur et télévangéliste Silas Malafaia, prêche à l’Assemblée de Dieu Victoire en Christ (ADVEC) dans le quartier de Penha, zone nord de Rio de Janeiro. Le culte est retransmis en direct sur Internet.

VINCENT ROSENBLATT POUR « LE MONDE »

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Publié aujourd’hui à 01h57

La scène se déroule le 30 octobre 2018. Jair Bolsonaro, élu l’avant-veille président du Brésil, pénètre sous un tonnerre d’applaudissements dans le temple évangélique de l’Assemblée de Dieu victoire dans le Christ (Advec) de Rio de Janeiro. La foule est en liesse et le chef de l’Etat ému aux larmes, prêt à remercier ses partisans pour leurs votes, Dieu pour cette « mission », et surtout le maître des lieux pour son soutien. « C’est un moment spécial d’être ici, avec le pasteur Silas Malafaia à mes côtés », insiste Bolsonaro. L’intéressé jubile. Aurait-il un jour imaginé voir son « ami de vingt ans » se hisser aux plus hautes fonctions ? Malafaia l’a donc décidé : cette cérémonie aura des allures de sacre. Une main posée sur l’épaule du président, il entonne une prière, répétée par les milliers de fidèles : « Le Brésil appartient au Seigneur Jésus, Dieu bénisse le président du Brésil, Jair Messias Bolsonaro. Nous savons que tu feras la différence et marqueras l’histoire de notre nation, au nom de Dieu. Amen ! »

Des fidèles de l’Assemblée de Dieu victoire dans le Christ, le 1er août.

La venue de Bolsonaro en ce jour si symbolique ne doit rien au hasard. De tous les pasteurs du pays, Silas Malafaia, 62 ans, est celui dont il est le plus proche. Leader religieux ultraconservateur aussi controversé que médiatique, à la fois conseiller et guide spirituel, il fut l’un des grands acteurs de la victoire du candidat d’extrême droite.

Deux ans après le sacre, nous le retrouvons dans ce même temple, vaste bâtiment blanc immaculé, posé comme une soucoupe volante sur le quartier populaire de Penha, au nord de Rio. Après plusieurs mois de fermeture (Covid-19 oblige), l’Advec a rouvert ses portes aux fidèles. Ce mardi de septembre, à 19 heures, ils sont plusieurs centaines, masqués, à venir écouter leur pasteur.

Qui se ressemble s’assemble

« Je suis une voix prophétique dans ce pays ! », leur lance Malafaia. Sur scène, il joue pourtant davantage à l’homme du peuple qu’au Messie. Avec sa calvitie, ses tee-shirts informes, ses baskets et ses vestes mal assorties, il a l’apparence du « bon gars » de Rio, du chouette copain du boteco, la version locale du café du commerce. Son prêche est prononcé sans chichi, dans une langue populaire, accessible, alternant références bibliques et propos de comptoir, ton grave et voix déraillant vers les aigus, moments d’ironie mordante et sombres menaces, le tout alourdi d’un pesant accent carioca.

Prêche de Silas Malafaia devant l’Assemblée de Dieu victoire dans le Christ, le 1er août.

Après son show, Malafaia reçoit Le Monde dans une petite salle. Volubile, énergique, cet homme roué à l’art de l’interview ne quitte pas son costume d’acteur une fois rentré aux vestiaires. Afin d’appuyer son propos, il use toute la palette de la pantomime : regard courroucé ou rieur, rire strident, souffle exaspéré, doigt pointé vers le ciel et poing tapant sur la table.

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