Le procureur général, « intouchable » figure du système judiciaire bulgare

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Lozan Panov, président de la Cour de cassation, dans son bureau le 30 septembre.

Deux étages séparent leurs bureaux dans l’imposant palais de justice de Sofia, mais c’est un monde qui les divise. Au deuxième, Lozan Panov, premier juge du pays en tant que président de la Cour de cassation, occupe un petit bureau où il reçoit sans façon devant des drapeaux européen et bulgare. Au quatrième, Ivan Geshev, procureur général, occupe un gigantesque bureau qui surplombe tout Sofia, décoré d’idoles orthodoxes et de peintures de figures guerrières bulgares. Il est protégé par un impressionnant dispositif de sécurité qui maintient les importuns à distance, à commencer par les journalistes qu’il évite depuis que les manifestations demandant sa démission secouent la Bulgarie.

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« Dans le modèle bulgare, hérité de celui soviétique, le procureur général est l’institution qui concentre le plus de pouvoirs. Il est au sommet d’une pyramide, intouchable, et ne rend de comptes à personne. Il décide qui doit être poursuivi et qui ne l’est pas. Et au lieu de protéger les gens des bandits, notre procureur général fait tout le contraire : il protège ses amis comme un parapluie et frappe ses ennemis comme une batte de base-ball », fustige Lozan Panov, 49 ans, en recevant Le Monde. Elu en 2015 à la présidence de la Cour de cassation, le magistrat a ouvertement pris le parti des manifestants qui demandent la tête d’Ivan Geshev, même âge, désigné, fin 2019, procureur général.

Billets de 500 euros

« En tant que juge, je suis censé être en dehors des manifestations, mais lorsque les valeurs fondamentales de l’Etat de droit sont bafouées et que les institutions sont capturées, je suis obligé de prendre la parole », justifie-t-il. Selon lui, la désignation de M. Geshev comme procureur général est une « récompense » pour son rôle dans le dossier de la faillite trouble de la Corporate Commercial Bank (CCB) en 2014, « le vol du siècle en Bulgarie », dans lequel un oligarque proche du pouvoir nommé Delyan Peevski n’a jamais été inquiété « alors que son nom figure dans de nombreux documents du dossier ».

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« Le procureur général interfère comme cela dans de nombreuses affaires économiques », assure le magistrat, qui lui reproche de protéger aussi le premier ministre, Boïko Borissov, de poursuites dans l’affaire des photos volées le montrant dormir à côté de liasses de billets de 500 euros. « Les seules enquêtes qu’il a ouvertes sont sur la fuite de ces photos, mais pas sur leur contenu », dénonce-t-il.

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