« L’Etat-parti veut convaincre le monde qu’il existe une voie chinoise vers une économie durable »

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Un pêcheur, dans le fleuve Huangpu, devant la centrale électrique au charbon de Wujing, à Shanghai en 2017.

Une Chine enfin verte, une Amérique toujours noire comme le charbon et le pétrole : va-t-on assister à une révolution, où l’une prendrait la tête d’une croisade contre le réchauffement climatique quand l’autre resterait « accro » aux énergies fossiles ? Ce scénario improbable il y a peu, le président chinois l’a esquissé dans un discours inattendu, le 22 septembre, devant l’Assemblée générale des Nations-Unies. Xi Jinping a annoncé que son pays s’était fixé deux objectifs : atteindre le pic d’émissions de CO2 « avant 2030 », et surtout la neutralité carbone « avant 2060 ».

Très ambitieux, pour le premier pollueur de la planète ! En dépit du scepticisme de nombreux experts du climat et de la Chine, Xi a envoyé un signal politique fort. L’empire du Milieu rejoint l’Union européenne, l’autre grande région du monde à souscrire un tel engagement. Tout nouvel entrant dans ce « club » restreint ne peut qu’accroître les chances, certes minces, de parvenir à plafonner à 2 °C la hausse du thermomètre planétaire en 2100. A trois ans de distance, il sonne comme une réponse au retrait américain de l’accord de Paris, annoncé en 2017 et effectif le lendemain même de l’élection présidentielle américaine du 3 novembre prochain.

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L’année 2060, c’est loin. La Chine émet à elle seule 28 % des gaz à effet de serre d’origine humaine ; mais un Chinois « pollue » plus de deux fois moins qu’un Américain. La chancelière allemande, Angela Merkel, qui connaît les difficultés d’une transition énergétique, l’a bien compris quand elle a salué le discours de Xi et justifié cet horizon lointain par le retard de son pays, encore en phase de rattrapage économique. Le président chinois, lui, ne reprend plus la défense habituelle des nations émergentes, qui justifient leur mobilisation plus lente en rappelant que le CO2 accumulé depuis le début de l’ère industrielle est d’abord un « héritage » de l’Europe et des Etats-Unis.

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Une urgence nationale

L’objectif de la Chine est-il réaliste ? Les sceptiques rappellent qu’elle mène un programme pharaonique de centrales au charbon ; que la transition est à hauts risques sociaux ; et que l’Etat central a souvent du mal à imposer ses décisions aux provinces. Il faudra connaître le plan quinquennal 2021-2026 pour mesurer la volonté de Xi. Sans attendre, l’institut sur l’énergie et l’environnement de la prestigieuse université de Tsinghua, à Pékin, a tracé la feuille de route d’un plan sur trente ans à 13 000 milliards d’euros : déclin de la demande d’énergie vers 2035, fermeture de la dernière centrale au charbon en 2050, multiplication par quatre du parc nucléaire, programme éolien et solaire massif, doublement de la production électrique, qui représenterait 80 % de la consommation dans quarante ans…

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