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Pas facile de faire de l’évangélisation en terre infidèle. Les chefs de la diplomatie française et allemande en ont fait ensemble l’expérience, jeudi 8 octobre, en prêchant à Bratislava, devant d’irréductibles atlantistes, la nécessité de renforcer l’Europe face à un allié américain qui s’éloigne, selon Paris et Berlin, inexorablement.
Le duo, à vrai dire, était improvisé. Le Français avait certes soigneusement préparé l’opération : elle s’inscrit dans le cadre de l’offensive élyséenne, déployée à travers l’Union européenne (UE) aussi bien par le président Macron que par son bras droit sur l’Europe, le secrétaire d’Etat Clément Beaune, et par le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, pour promouvoir le concept d’« Europe puissance » et une UE plus affirmée dans un monde qui se défait. Les pays baltes et l’Europe centrale, ex-pays communistes membres de l’UE depuis seulement seize ans, sont une cible privilégiée. Un an après sa visite à Prague, où il avait prononcé un discours remarqué sur le poids de l’histoire en Europe centrale, M. Le Drian venait enfoncer le clou dans la capitale slovaque, à la tribune du forum international Globsec.
L’Allemand, lui, n’était pas prévu au programme mais a décidé de venir au dernier moment. Heiko Maas a donc d’abord écouté « Jean-Yves » exposer la vision d’une Europe souveraine, « proactive », fière de son « modèle humaniste » et prête à la projeter dans le monde. Cette Europe-là, a expliqué M. Le Drian, doit faire face à « la triple maladie du multilatéralisme », dont il a désigné à chaque fois le coupable : « la tentation du retrait unilatéral » (Trump), « le blocage systématique » (la Russie) et « l’instrumentalisation de nos institutions communes » (la Chine). Avec les Etats-Unis, les Européens doivent s’« affirmer davantage », pour répondre à « la perspective d’une mutation profonde de la garantie de sécurité que l’Amérique offre à ses alliés ». Et ce, quel que soit le président qui sortira des urnes le 3 novembre.
La mue de l’Allemagne
C’est un discours dont les Français sont familiers, mais qui est encore un peu sacrilège dans cette région où, pour des raisons historiques, les Etats-Unis sont toujours considérés comme les seuls vrais garants de la sécurité de l’Europe. L’Allemagne elle-même a eu beaucoup de mal à évoluer sur le sujet sous la présidence Trump, mais, aujourd’hui, elle semble bien avoir accompli sa mue. Car à Bratislava, Heiko Maas a renchéri sur les propos de son collègue français : « Nous vivons dans un monde de rivalités de grandes puissances – les Etats-Unis, la Russie, la Chine, a-t-il dit. Je suis d’accord avec Jean-Yves : nous avons besoin d’une approche commune des Etats-Unis – et je ne crois pas que l’élection [du 3 novembre] va changer les choses. » Le ministre allemand a mis en garde l’audience contre les « illusions » qui peuvent régner sur un retour en arrière à Washington : pour lui, « les Etats-Unis se retireront un peu plus du monde, et l’Europe devra assumer plus de responsabilité ».
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