En Grèce, Javied Aslam, un Pakistanais anti-néonazi qui dérange

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Javied Aslam, dans un de ses bureaux à Athènes, le 28 septembre.

En 2009, Javied Aslam sortait pour la première fois son carnet pour noter avec précision l’agression par des partisans d’Aube dorée de deux immigrés sortant de leur travail dans une banlieue ouest d’Athènes. « Je n’imaginais pas qu’autant de haine et de violence allaient, par la suite, se déverser contre les migrants. Je ne pensais pas que des meurtres allaient être commis », se souvient le président de la communauté pakistanaise en Grèce. Entre 2010 et 2013, chaque jour, une vingtaine, voire une trentaine de migrants témoignent auprès de lui d’attaques à l’arme blanche, de passages à tabac, de menaces de mort.

En janvier 2013, Shehzad Luqman, 27 ans, se promène au petit matin à vélo en contrebas de l’Acropole, dans le quartier de Petralona, avant d’être poignardé par deux militants néonazis actuellement sur le banc des accusés dans le procès plus général contre le parti Aube dorée. Scrupuleusement, Javied Aslam, qui préside aussi l’Union des ­travailleurs migrants en Grèce, a répertorié tous les faits et devient vite un témoin indispensable dans la procédure judiciaire contre ce parti qui avait orchestré pendant des années ces assauts violents.

« Lorsque je donnais des interviews à des chaînes de télévision, je recevais des menaces : “Nous allons te couper la gorge pour que tu arrêtes de parler”, me disait-on. » Javied Aslam

« Avant, tout le monde connaissait les agissements de ces extrémistes, mais personne n’osait parler. Aube dorée disposait d’alliés partout dans les commissariats et dans les administrations, explique le quinquagénaire. A chaque fois qu’un immigré était attaqué, qu’il se rendait au poste, il lui était impossible de déposer plainte ! C’est pour cette raison que j’ai commencé à accumuler les preuves en écrivant chaque jour pendant plus de quatre ans les détails de ces agressions. » Proche des mouvements antiracistes grecs, Javied Aslam commence alors à s’exprimer dans les médias, surtout étrangers. « Lorsque je donnais des interviews à des chaînes de télévision, je recevais des menaces : “Nous allons te couper la gorge pour que tu arrêtes de parler”, me disait-on. »

Groupuscule opérant dans des quartiers défavorisés du centre d’Athènes – en particulier dans son fief d’Agios Panteleímonas –, Aube dorée s’en prend, au début des années 1990, aux syndicalistes et aux militants de gauche. Depuis, avec les immigrés, il a trouvé de nouveaux boucs émissaires. Le parti gagne en popularité avec la crise économique qui touche le pays à partir de 2009 : il offre des soupes populaires réservées aux Grecs et propose d’aider les « retraités plutôt que les étrangers ». En juin 2012, Aube dorée obtient près de 7 % des voix aux législatives et fait élire dix-huit députés.

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