l’Union européenne hésite à sanctionner personnellement Loukachenko

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Le premier ministre russe, Mikhaïl Michoustine (à gauche), et le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, le 3 septembre, à Minsk.

Au risque de susciter la stupéfaction, l’incompréhension et la déception du peuple biélorusse, son nom pourrait ne pas figurer sur la liste noire de l’Union européenne. En tout cas, pas dans un premier temps. Le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, le « dernier dictateur d’Europe », qui réprime sans merci sa population depuis l’élection frauduleuse du 9 août qui lui a offert un sixième mandat, ne ferait pas partie des personnes sanctionnées par l’UE, affirme le quotidien allemand Die Welt dans son édition du 4 septembre. L’Allemagne, la France et l’Italie s’y opposeraient, arguant qu’il est nécessaire de maintenir une voie de communication « ouverte » avec l’autocrate. Face à elles, la Pologne et les pays baltes, notamment la Lituanie, où s’est réfugiée l’opposante Svetlana Tsikhanovskaïa, plaideraient pour attaquer directement le chef d’Etat en faisant déclarer Alexandre Loukachenko persona non grata dans l’UE et en gelant ses avoirs et ses biens à l’étranger.

« Quel serait le sens de dresser une liste de personnes sanctionnées si le principal responsable n’y figure pas ? », s’étouffe le député européen Philippe Lamberts (Verts) « Cela ressemble à une traîtrise de l’Europe vis-à-vis de la Biélorussie. Les politiciens veulent fermer le dossier biélorusse mais ne veulent pas régler le problème », commente aussi, sur Twitter, Franak Viacorka, analyste basé à Minsk.

Pour l’heure, rien n’est acté et les discussions se poursuivent. La liste doit être divulguée lors du prochain conseil européen, les 24 et 25 septembre, ou même avant. « Ce n’est pas encore clair, et on étudie avec les Baltes la pertinence de mettre tout de suite Loukachenko sur la liste », souligne une source française, précisant que le ministre biélorusse de l’intérieur, principal acteur des répressions menées par les siloviki, les forces de l’ordre, sera de toute façon, visé.

Le précédent syrien

Le principe des sanctions est donc entendu, mais les Vingt-Sept se divisent sur leur étendue. « Le paquet sera substantiel, mais il doit être bien calibré », indique une source diplomatique. « Il faut quand même noter que Bachar Al-Assad n’a jamais été directement visé par des sanctions, ce qui n’a pas empêché de punir sévèrement le régime syrien », relève un autre diplomate.

Aux yeux d’une partie des Européens, ne pas cibler directement Loukachenko pourrait inciter le président biélorusse, au pouvoir depuis vingt-six ans, à ne pas se jeter dans les bras de Vladimir Poutine. Le chef du Kremlin, qui a félicité Alexandre Loukachenko pour sa victoire lors d’élections qualifiées de « légitimes », entend profiter de la faiblesse de l’autocrate pour reprendre la main sur le pays. Un genou à terre, Loukachenko sera, de fait, plus prompt à mener à bien l’union de son pays avec la Russie, qu’il rejetait hier en refusant crânement d’être le « vassal » de Moscou.

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