Avec le Covid-19, les Canadiens découvrent les bienfaits (et les limites) de l’Etat-providence

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Une rue commerçante à Vancouver (Canada), le 6 mai.

« La prestation canadienne d’urgence [PCU] m’a sauvé la vie. Sans elle, je ne sais pas comment j’aurais passé l’été. » Musicien, Samuel (qui préfère conserver l’anonymat) a vu à la mi-mars ses dates de concerts annulées les unes après les autres et ses élèves, à qui il dispensait des cours de guitare pour joindre les deux bouts, contraints au confinement. Du jour au lendemain, cet artiste montréalais a perdu toutes ses sources de revenus, sans pouvoir recourir au régime de l’assurance-emploi canadien au regard de son statut de travailleur autonome.

A l’autre bout du pays, en Colombie-Britannique, Karen (qui ne souhaite pas non plus apparaître sous son vrai nom), mise à pied par sa boutique de vêtements de mode aux premiers jours de la crise, a éprouvé le même soulagement : « 2 000 dollars [1 285 euros], ce n’est pas la panacée, mais ça m’a permis de payer mon loyer, de faire l’épicerie tous les jours et de ne pas m’endetter. »

De Vancouver à Halifax, de Calgary à Winnipeg, cette aide mensuelle directe de 2 000 dollars canadiens – imposable – annoncée par le premier ministre, Justin Trudeau, le 24 mars, a constitué une bouée de secours pour ceux que l’arrêt brutal de l’économie plongeait dans l’angoisse du lendemain.

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Les critères pour la percevoir étaient simples : être privé d’emploi en raison du Covid-19, voir ses revenus largement amputés ou être obligé de rester chez soi pour s’occuper de ses enfants ou d’un proche malade. Sa mise en place s’est avérée rapide et efficace, et son succès, fulgurant. Au total, plus de 8,6 millions de Canadiens, soit près d’un sur quatre, en ont bénéficié depuis le printemps, et plus de la moitié continuaient de la percevoir, fin août.

Alors que le chômage explosait, passant de 5,6 % de la population active en février à un pic de 13,7 % en mai, cette allocation quasi « universelle » est venue resserrer les mailles d’un filet social plutôt « tricoté lâche » : un rapport du ministère de l’emploi, publié en juillet, estimait que seulement 42 % des personnes s’étant retrouvées sans emploi en 2019 avaient bénéficié d’indemnités chômage.

« Une mesure de soutien adéquate »

Les instances patronales canadiennes ont accueilli positivement l’annonce de la prestation. « On a considéré, dans un premier temps, que c’était une mesure de soutien adéquate dans un contexte de crise exceptionnelle », explique Karl Blackburn, président du Conseil du patronat du Québec. Les dirigeants d’entreprise ont vu dans cette manne fédérale, sans précédent au Canada depuis la mise en place des grands programmes sociaux des années 1960, un bon moyen d’atténuer la récession, l’économie devant reculer de 7,1 % cette année selon les dernières prévisions de la Banque nationale du Canada.

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