Ana Brnabic, première ministre lesbienne au risque du « pinkwashing »

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Une surprise, une vraie. En juin 2017, Ana Brnabic, 41 ans, est nommée première ministre. Confier la direction du gouvernement serbe à une femme, de surcroît d’origine croate et, last but not least, lesbienne assumée, voilà qui bouscule beaucoup de tabous en même temps. La Serbie est un pays de 7 millions d’habitants aux forts penchants russophiles, marqué par l’emprise de l’Eglise orthodoxe.

Projetée sur le devant de la scène politique par Aleksandar Vucic, le président serbe nouvellement élu, cette personnalité assez peu connue, chargée jusqu’alors de l’humble ministère des administrations publiques et des affaires locales, est accueillie avec une gêne diffuse par une opinion réputée fort conservatrice en matière de mœurs. En cause, non pas son parcours – un modèle du genre : études aux Etats-Unis et en Angleterre, puis carrière de businesswoman dans les énergies renouvelables – mais, forcément, sa sexualité.

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Pourquoi donc ne pas avoir opté pour – ce n’est pas ce qui manque – « un père de famille qui a des enfants », s’interroge, résumant une opinion assez largement partagée, l’un des dirigeants de la coalition gouvernementale. « Ses choix personnels ne m’intéressent pas, seuls les résultats comptent », rétorque, impassible, l’homme fort du pays. Trois mois après son intronisation, Ana Brnabic participe à la Gay Pride de Belgrade, suspendue pendant trois ans, de 2011 à 2013, après une attaque de groupes ultranationalistes qui fit cent cinquante blessés en 2010.

Concession symbolique

Tout en refusant que « [son] orientation sexuelle soit utilisée pour décrire [sa] personnalité », elle assure que le pays « n’est pas homophobe » et que sa nomination constitue « un énorme pas » vers la construction d’une société tolérante. Même si, pour l’autoritaire président Vucic, dont l’exercice du pouvoir fait souvent peu de cas des minorités comme de la liberté de la presse, la désignation de cette première ministre atypique ressemble à une concession symbolique – mais médiatiquement efficace – accordée à l’Union européenne, avec laquelle les pourparlers pour intégrer la Serbie en 2025 sont particulièrement laborieux.

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Les militants antidiscriminations ne sautent pas vraiment de joie. Pour beaucoup, en effet, la promotion d’Ana Brnabic à la tête du gouvernement – constitutionnellement dans l’ombre du président de la République – tient davantage du coup politique que de l’acte de foi. « Rideau de fumée » mais aussi « pinkwashing », a-t-on entendu dire. Ana Brnabic, qui dirige le gouvernement d’un pays dont 40 % de la population juge que l’homosexualité est une maladie, selon un sondage réalisé en 2015, n’a pas mis son drapeau arc-en-ciel dans sa poche, mais elle n’a jusqu’à présent annoncé aucune réforme visant à reconnaître le mariage gay et les droits des familles homoparentales.

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