Comment Donald Trump a enterré le reaganisme

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Donald Trump s’apprête à prononcer un discours sur l’économie, à l’aéroport régional de Mankato (Minnesota), le 17 août.

En février, tout semblait si simple. Donald Trump allait vendre son bilan économique pour l’élection présidentielle de novembre 2020 : un chômage au plus bas depuis cinquante ans, y compris pour les Afro-Américains, une croissance supérieure à celle de l’Europe, Wall Street qui jubilait et des armistices commerciaux – signés avec le Canada et le Mexique, puis la Chine – qui permettaient d’honorer le slogan « America First ».

Tout cela se faisait au prix d’un déficit budgétaire jugé alors insoutenable, proche de 5 % du produit intérieur brut (PIB) du pays et d’une politique monétaire accommodante, mais le grief était politiquement inaudible. Trump pouvait l’emporter.

Puis est survenue l’épidémie de Covid-19 qui a ruiné ce récit. M. Trump essuie la plus grande récession de l’histoire, le déficit budgétaire le plus grave des Etats-Unis en temps de paix et un chômage inédit depuis les années 1930, tandis que la fortune des milliardaires s’envole avec la Bourse. Le voilà acculé, tel son lointain prédécesseur, George W. Bush, président d’un seul mandat, terrassé en 1992 par la récession. « It ‘s the economy, stupid » (« C’est l’économie, idiot ! »), avait lâché un conseiller de son adversaire Bill Clinton.

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M. Trump n’entend pas perdre sans combattre, qui vante à son électorat le plus grand rebond économique jamais constaté sur le front de l’emploi, de la consommation et des marchés financiers. La reprise est laborieuse, en forme de racine carrée inversée √ : un V dont la deuxième barre est trop courte, avec une remontée insuffisante pour résorber le chômage. Les prochaines semaines et l’élection diront ce qu’il en est.

L’intérêt est ailleurs : la crise devrait renforcer les convictions de Donald Trump et, s’il l’emporte, consacrer la mue idéologique du parti républicain.

Du conservatisme au nationalisme et au populisme

Au début, les détracteurs de M. Trump ont expliqué que son élection conduirait à la catastrophe tel le prix Nobel d’économie (2008) Paul Krugman et que ses idées n’avaient aucune cohérence. La réalité est plus subtile.

En quatre ans, M. Trump a déboulonné la statue de la figure tutélaire du « Grand Old Party » (GOP), le père fondateur de la « révolution conservatrice » : Ronald Reagan (1981-1988). Passant du conservatisme au nationalisme et au populisme, parce que les électeurs blancs et ouvriers étaient de plus en dubitatifs face aux bienfaits de la mondialisation. C’est l’analyse de Gerald Seib, éditorialiste au Wall Street Journal (WSJ), dans son livre Nous aurions dû le voir venir. De Reagan à Trump, aux premières loges d’une révolution politique (Random House).

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