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L’opposant au Kremlin Alexeï Navalny est hospitalisé dans le coma depuis le 20 août, dans un état critique, après être s’être senti mal à bord d’un vol commercial. Dès les premières heures qui ont suivi son hospitalisation, la porte-parole de l’opposant, Kira Iarmich, qui voyageait avec lui, a accusé sans hésiter : « Nous pensons que le thé d’Alexeï a été empoisonné. C’est la seule chose qu’il a bue depuis le matin », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.
Si les proches de l’avocat anticorruption sont si prompts à accuser le thé noir bu par Alexeï Navalny dans un café de l’aéroport de Tomsk, c’est parce qu’il existe un précédent célèbre qui a marqué l’opinion russe : en 2004, la journaliste Anna Politkovskaïa était en vol pour rejoindre la ville de Beslan, où se déroulait une sanglante prise d’otages, lorsqu’elle a été empoisonnée.
Les terroristes s’étaient montrés ouverts à la discussion, proposant le nom de la journaliste pour engager les négociations, de quoi agacer les autorités. Quelques minutes après avoir accepté un thé de la part d’un agent de bord, la journaliste a perdu connaissance avant de tomber dans le coma. Deux ans plus tard, elle sera assassinée par balle dans la cage d’escalier de son immeuble moscovite.
En 2003, Iouri Chtchekotchikhine, député et rédacteur en chef adjoint du même journal, la Novaïa Gazeta, était déjà mort empoisonné. Sa mort avait été attribuée par les médecins aux effets de Tchernobyl, où il n’avait jamais mis les pieds.
Sur le sol russe, l’opacité
Ces vingt dernières années, la Russie de Vladimir Poutine a connu une dizaine de cas d’empoisonnements présumés. Une particularité unit toutes ces attaques menées essentiellement contre des voix critiques et d’anciens espions : les autorités refusent d’ouvrir des enquêtes criminelles et les responsables ne sont jamais retrouvés.
L’impunité est d’autant plus indissociable des empoisonnements que les preuves sont, par nature, éphémères. La nonchalance des services de sécurité est une façon de jouer la montre. Il suffit dès lors d’empêcher la réalisation d’un certain nombre de tests par des médecins indépendants.
Sous pression, les médecins en charge refusent le plus souvent l’accès des patients à leurs proches. La communication sur l’état des victimes est même directement prise en charge par les services de sécurité. Concernant Alexeï Navalny, les premières sources citées par les agences de presse russe pour démentir l’hypothèse de l’empoisonnement étaient issues des services de sécurité.
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