derrière le maintien de Loukachenko, la loyauté de ses forces de sécurité

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Des agents des forces de l’ordre au siège de la société nationale de télévision et de radio d’Etat, lors d’une manifestation à Minsk, le 15 août.

« Je suis Ivan Nikolaïevitch Kolas, inspecteur de police en activité, et je veux m’adresser à mes collègues. Nous avons prêté le serment de défendre le peuple, et nous ne défendons plus que les intérêts d’un seul homme. (…) Collègues, je vous demande d’arrêter la violence et de ne pas utiliser vos armes contre des manifestants pacifiques. »

Ce soir du 12 août, la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux devient vite virale. L’enthousiasme optimiste du lieutenant de police de 27 ans, son assurance tranquille sont un formidable espoir pour les manifestants qui, dans la rue, contestent la réélection triomphale du président Loukachenko, trois jours plus tôt.

L’heure est aux coups, aux arrestations arbitraires, aux passages à tabac jusque dans les prisons. Pourtant, la foule ne cède pas ; elle ne cesse de grossir. Et si les forces de sécurité lâchaient le dictateur ? Ce serait la dernière goutte, le dernier basculement sans lequel aucune révolution n’est possible.

« Ils venaient m’arrêter »

Une semaine plus tard, l’optimisme a disparu. Ivan Kolas n’est pas tout à fait l’arbre qui cache la forêt, mais son geste n’a été que peu suivi. D’autres vidéos sont apparues en ligne, montrant des hommes jeter ou brûler leurs uniformes, mais il s’agit pour l’essentiel d’anciens membres des forces de l’ordre.

Après avoir laissé les manifestations se dérouler pendant quelques jours dans le calme, Alexandre Loukachneko semble d’ailleurs reparti à l’offensive. Le 20 août, M. Loukachenko a intimé au ministère de l’intérieur de « ramener l’ordre ». Il a aussi lancé des enquêtes criminelles contre des responsables de l’opposition, fermant la porte à d’éventuelles négociations. Dans ce contexte, les manifestations massives à nouveau attendues ce week-end font figure de test déterminant.

« Selon mes informations, environ 1 000 policiers sur 40 000 ont démissionné depuis le 9 août, confirme, à Minsk, Andreï Parotnikov, du Belarus Security Blog et auteur d’une note pour l’Institut français des relations internationales (IFRI) avant le scrutin. Il y a eu de nombreux doutes qui se sont exprimés, surtout dans les échelons inférieurs et intermédiaires, mais les conséquences d’un tel acte sont lourdes. »

Des partisans de l’opposition affichent des signes de victoire devant une patrouille de police leur demandant de partir, à Minsk, le 21 août.

S’il fallait une confirmation, le sort du lieutenant principal Ivan Kolas a pu servir d’exemple. « Vingt minutes après que j’ai posté ma vidéo, j’ai reçu la visite de mes chefs, chez moi, raconte-t-il au Monde par téléphone. Ils m’ont dit qu’ils voulaient juste parler, qu’il fallait que je signe ma démission. Mais j’ai refusé de leur ouvrir : ils venaient m’arrêter, une patrouille attendait un peu plus loin. Je leur ai jeté mon uniforme et mon insigne par le balcon et j’ai fait le mort. La nuit venue, j’ai quitté le pays. »

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