Au Mali, la chute et les remerciements d’Ibrahim Boubacar Keïta

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Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, en 2017 à Bamako.

En matière de coup d’Etat, tout particulièrement dans un pays qui a développé certaines traditions à cet égard, c’est une petite innovation : au lieu d’être annoncé par des militaires en treillis, le renversement qui a eu lieu au Mali, mardi 18 août, a été officialisé avec toutes les apparences de la bonne volonté et, de surcroît, les remerciements de celui qui vient d’en être la victime.

Ibrahim Boubacar Keita, président depuis 2013, ancien premier ministre, élu à deux reprises, en proie à une érosion de plus en plus prononcée de son pouvoir, avait été arrêté par des militaires dans l’après-midi, et amené, de force, dans le camp de Kati, au nord de la capitale, où avait débuté le matin même une mutinerie.

Lire aussi Mali : António Guterres appelle à « la libération immédiate » de Keita, l’UE condamne une « tentative de coup d’Etat »

Dans la nuit, sur les ondes de l’ORTM, la radio télévision nationale, le chef de l’Etat a remercié, donc, « le peuple malien de son accompagnement au long de ces longues années » avant d’annoncer qu’il démissionnait de toutes ses fonctions, déclarait la dissolution de l’Assemblée nationale et celle de son gouvernement, dirigé par un premier ministre, Boubou Cissé, arrêté en même temps que lui.

Cette fiction du coup d’Etat de bonne volonté ne trompera personne. Certainement pas les chefs d’Etat de la région, qui peuvent à présent redouter un potentiel effet de contagion, de la Guinée à la Côte d’Ivoire, partout où se profilent des séquences électorales à risque dans les prochains mois, comme l’indique une source à l’Union africaine.

Les militaires ont affirmé dans la nuit de mardi à mercredi vouloir mettre en place une « transition politique civile » devant conduire à des élections générales dans un « délai raisonnable ». Ils ont assuré que tous les accords internationaux du Mali seront respectés.

Etrange retour aux sources

Mais dans le cadre du Mali, il y a là aussi comme une boucle bouclée ; un étrange retour aux sources. Ibrahim Boubacar Keïta a donc été amené, en fin d’après-midi, mardi, au camp militaire de Kati, à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Bamako, là où, huit ans plus tôt, en pleine déconfiture de l’armée malienne face à une coalition de rebelles touareg et de djihadistes, avait démarré une autre mutinerie, qui avait fait chuter le président de l’époque – son prédécesseur –, Amadou Toumani Touré.

Ce dernier, surnommé « ATT », était parvenu à fuir le palais présidentiel de Koulouba, situé entre Kati et la capitale, et avait gagné clandestinement la Guinée avec l’aide de quelques fidèles. Koulouba avait été pillé. Cette fois, ce sont les domiciles d’un luxe extravagant de certains responsables du pouvoir tout juste tombé, qui l’ont été, alors que des scènes de joie éclataient dans les rues de Bamako.

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