pourquoi le gaz fait flamber la Méditerranée

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Un navire d’exploration gazière turc encadré par des navires militaires, dans les eaux militaires grecques, le 12 août.

Les potentielles ressources gazières de la Méditerranée orientale vont-elles mener la Turquie et la Grèce – toutes deux membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) – au bord de l’affrontement armé ? Depuis dix ans, la multiplication des découvertes de gaz naturel dans l’est de la Méditerranée fait craindre une bataille sourde entre les puissances régionales, dans une zone où les tensions géopolitiques sont déjà nombreuses.

Dimanche, malgré la pression exercée par l’Union européenne – et en particulier la France, qui a envoyé sur place plusieurs avions de combat –, la Turquie a décidé d’étendre ses recherches de ressources gazières dans les eaux territoriales grecques et chypriotes. Ankara a envoyé depuis plusieurs jours dans la zone un navire de forage, l’Oruç Reis, escorté par une douzaine de bateaux militaires.

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Pourquoi cet intérêt pour le gaz dans la région ?

Depuis une dizaine d’années, d’importantes découvertes de champs gaziers ont eu lieu dans toute la Méditerranée orientale : Israël, Egypte, Chypre ont, notamment, annoncé la présence de gisements prometteurs. Leur détection a d’abord été possible par le développement de la technologie des forages en eau profonde (appelée deep offshore ou ultra deep offshore en anglais), ce qui a permis d’atteindre des zones jusqu’ici inexplorées. Et de se rendre compte que les ressources gazières potentielles de cette large région – qui va des côtes turques et chypriotes au bassin égyptien, en passant par Israël, les territoires palestiniens et le Liban – sont équivalentes à celles de la Norvège, l’un des plus importants producteurs de gaz du monde.

Cet intérêt pour le gaz est favorisé par la place que prend cette ressource dans la transition énergétique au niveau mondial ; les besoins en gaz augmentent pour le chauffage, mais aussi et surtout pour produire de l’électricité. Alors que certains pays européens ferment leurs centrales à charbon et que de nombreux pays d’Asie accélèrent l’électrification de leurs régions pour leur population, le marché du gaz se transforme et devient mondial.

Pourquoi la Turquie tient-elle à exploiter le gaz ?

La Turquie importe massivement du gaz – 99 % de sa consommation – et doit impérativement trouver des ressources énergétiques moins coûteuses. Le pays achète une très grande partie de son gaz en Russie, ce qui rend son positionnement compliqué face à son puissant voisin.

Mais les explorations gazières de ces dernières années ont laissé la Turquie de côté, alors que l’Egypte, Israël et Chypre semblent richement dotés. Ankara regarde donc du côté des eaux grecques et chypriotes, puisque la Turquie ne reconnaît pas la République de Chypre en tant qu’Etat. Le pays estime que 44 % de la zone économie exclusive (ZEE) revendiquée par Nicosie est la sienne – une grande partie des potentiels gisements gaziers se trouvent justement dans cette zone.

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