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Le titre de son spectacle est catégorique : “Seb Mellia ne perd jamais”. Une séparation difficile, un déménagement forcé, une console de jeux volée ? Du pain béni pour lui. Il a beau en souffrir, l’humoriste va trouver le moyen d’en rire. Pour son public, qui en redemande, et pour lui, aussi.
“C’est cathartique en vrai, confie-t-il en short et en tongs sous un kiosque de Sainte-Rose, la ville du sud-est de l’île où sa grand-mère habite. Tu fais rire les gens et tu te fais du bien en même temps. Je trouve ça cool de prendre ce qu’on a de plus sombre en nous et de le transformer en truc drôle, au moins ça aura servi à quelque chose.”
“C’est important d’être honnête”
Malicieux, Seb Mellia n’hésite pas à se tailler lui-même pour mieux vanner les autres. Sans une once de méchanceté, mais toujours avec sincérité. “Je sais qu’il y a des artistes qui s’en fichent, mais c’est vrai que pour moi, c’est important d’être honnête avec les gens et de raconter des choses que j’ai vraiment vécu, même si j’ai tendance à exagérer un peu pour que ça soit drôle, avoue-t-il. Peut-être parce qu’on veut que les gens nous aiment vraiment.”
Et ce qu’il est vraiment, Seb Mellia, c’est un homme qui a grandi en région parisienne (Villeparisis, Seine-et-Marne) et qui a passé certains de ses étés à La Réunion. “On venait en juillet-août tous les deux ou trois ans car ma mère (réunionnaise, ndlr) avait les congés bonifiés vu qu’elle est fonctionnaire, raconte-t-il les yeux braqués sur l’océan. Ça m’a beaucoup marqué parce que la vie est complément différente ici. Ça m’impressionnait de voir les jeunes marcher dans la rue pieds nus, de voir les chiens errants nous attaquer quand on jouait. Les araignées et les insectes me faisaient trop peur aussi. Vraiment, ça me dépaysait, il y avait tellement une bonne ambiance, on rigolait grave.”
De la fac de droit au stand-up
Ce qui caractérise également Seb Mellia, c’est sa détermination. À la sortie du lycée, il file à la Sorbonne et s’inscrit en droit pour “aider les gens” et “gagner bien” sa vie. Problème : il a du mal à se concentrer. “Je ne faisais que des blagues tout le temps. Ce sont mes potes qui m’ont dit +lance toi là-dedans, peut-être que ça marchera+”.
Le jeune homme bascule alors vers un nouveau monde, précaire et incertain. Mais aussi vers sa destinée : faire rire. Quitte à froisser ses parents. “Ma mère n’était pas trop d’accord, mon père n’était pas content, mais pas le choix. Une fois que j’avais décidé ça, c’était décidé, je suis assez têtu.”
Entre son boulot de caissier ou d’employé chez McDo, le jeune humoriste enchaîne les scènes ouvertes. Il cravache et se cherche. “On essaie parfois des trucs cool, parfois un peu agressif. On tente des choses et avec le temps, on arrive à savoir qui on est, ce qu’on veut raconter, ça devient plus facile”, raconte-t-il avec le recul.
Repéré par Jamel Debbouze
La preuve, avec son style “smooth, détente, genre on est là, on boit un verre, on rigole”, Seb Mellia attire les regards. Celui de Jamel Debbouze en particulier, qui l’intègre dans son Comedy Club, diffusé sur Canal +. Nous sommes en 2007. Sept ans plus tard, après des apparitions dans Bref, une chronique sur Beur FM ou le lancement de son spectacle, il décroche un concours et gagne le droit de faire les premières parties de Gad Elmaleh à l’Olympia. Énorme. “On peut vraiment dire que ça s’est fait petit à petit, acquiesce-t-il. Mais je savais que je n’allais pas exploser du jour au lendemain”.
Devant la salle en demi-losange du République, où il se produit à Paris, la file d’attente n’a cessé de s’allonger. “Il y a une vraie différence depuis l’année dernière, note, heureux, celui qui donne un peu la sensation d’être, sur scène, “l’ami loser” de tous. Mais avec le covid, je ne sais pas quelles conséquences ça peut avoir. Déjà de base, je doute, mais là, j’ai 1000 raisons de douter.”
Carrière ascendante et simplicité
Alors qu’il profite de vacances bien méritées sur l’île, à se délecter des plats mijotés par sa grand-mère -personnage de certains sketchs- Seb Mellia a pris le temps de se rassurer. Jeudi soir, dans un petit bar de Saint-Pierre, il est remonté sur scène à l’invitation de jeunes humoristes. “Ce qui me manque, c’est le rapport avec le public”, décortique celui qui veut caler une date de spectacle à La Réunion l’an prochain. “Ce n’est pas d’avoir une grande salle remplie, c’est juste d’être posé, naturel, d’échanger avec les gens et faire rire. J’aime le rapport simple. Il n’y pas de carapace et pas cet esprit un peu sportif du stand-up de vouloir tout niquer genre +il faut que je les éclate, que la vanne sorte vite, pa, pa, pa+. Je suis plus détente.”
Le temps du stress, du trac et des envies de vomir avant de monter sur scène se sont estompées. “Il a fallu faire un gros travail sur ça, jure celui “ne gagne pas encore bien” sa vie. Ça m’a pris pas mal de temps, plus que d’autres qui arrivent. Mais maintenant j’ai hâte. C’est comme un boxeur : avant d’aller sur le ring, il a peur, mais après, il a hâte d’aller mener son combat.” Un combat que lui ne perd jamais.
Kilian Kerbrat
Sa bio express :
1985 : naissance et enfance en Seine-et-Marne
2006 : après une année de droit, il démarre le stand-up
2007 : il intègre la troupe du Jamel Comedy Club
2010 : il intègre le Bordel Club, devenu un des plateaux référence en matière de stand-up à Paris
2014 : premières parties de Gad Elmaleh à l’Olympia
2015 : lancement de son spectacle “Seb Mellia ne perd jamais”
2018 : lancement du podcast live “4 comiques dans le vent mais à contre-sens”
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