Les étudiants thaïlandais bousculent les tabous du royaume

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Les manifestants se sont rassemblés devant le Monument de la démocratie, à Bangkok le 16 août 2020.

Il aura fallu exactement six jours pour qu’un mouvement étudiant jusque-là essentiellement antigouvernemental ne se transforme en une fronde audacieuse, festive et provocatrice contre une oligarchie militaro-monarchiste dont le roi de Thaïlande est la clef de voûte.

Depuis des semaines, alors que les campus entraient quotidiennement en transe dans les principales villes du pays, les jeunes ne poussaient déjà qu’un seul cri : « Démocratie ! ». On est désormais passé à la vitesse supérieure, qualitativement parlant. C’est ce que vient de confirmer une très large manifestation, qui a réuni, dimanche 16 août, dans le centre du Bangkok historique, au moins une dizaine de milliers de personnes.

La « question » monarchique

La nouveauté, et elle est de taille, n’est pas tant le nombre de manifestants, dont le nombre reste cependant modeste à l’échelle du pays : elle est que les langues se délient en Thaïlande à l’encontre d’un roi à la personnalité controversée. Ce n’est pas rien, et pas seulement parce que certains tabous sont levés, désormais exprimés au grand jour par les moins frileux dans un royaume où les impatients ne font à l’ordinaire que murmurer les faibles voix de leur discorde dès qu’il s’agit de monarchie : le roi, Sa Majesté Maha Vajiralongkorn, « Rama X » de son nom dynastique, n’est en effet ni plus ni moins que l’incarnation d’un système politique, économique et social qu’une jeunesse aux aspirations globalisées semble aujourd’hui rejeter.

Ce qui est en train de se passer dans l’ancien royaume de Siam, c’est tout simplement du jamais vu dans l’histoire contemporaine d’un pays dont le passé n’a pas été, loin s’en faut, exempt de bruit et de fureur. Après la manifestation de dimanche, rassemblement le plus massif depuis les grands défilés qui avaient précédé le dernier coup d’état de mai 2014, il ne fait plus guère de doute que l’on est en train d’assister à la consolidation d’un mouvement destiné à durer.

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Mais au centre des revendications estudiantines, il n’y a plus seulement l’exigence de la démission du premier ministre Prayuth Chan-ocha – héritier d’une junte militaire qui s’est accrochée au pouvoir en s’affublant de nouveaux oripeaux –, la dissolution de l’assemblée nationale, ou la réécriture d’une constitution écrite par des généraux pour leur assurer la pérennité aux manettes. Comme l’ont prouvé les dernières élections législatives de 2019.

Il y a aussi, comme l’a exigé le 10 août une jeune fille de 21 ans, Panasuya Sithijirawattanakul, la « question » monarchique : à l’occasion d’une manifestation organisée ce jour-là sur le campus d’une université de la banlieue de la capitale, la jeune étudiante au visage mangé par de grosses lunettes est montée sur scène et a demandé, dans le cadre d’une revendication en dix points, que la loi contre le crime de lèse-majesté soit abrogée, que la fortune du roi ne soit plus confondue avec celle de la couronne, que le souverain n’approuve pas de futurs coups d’état, bref que Sa Majesté ne se mêle plus de politique.

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