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Le rythme lancinant des percussions résonne dans tout le quartier, en plein centre de Jérusalem. Sur l’une des façades, des jeux de lumière dessinent des caricatures de cochons en costume, symbole des figures politiques que conspue la foule bigarrée. Certains sont déguisés, d’autres ont installé des stands de méditation ; dans l’air flotte une légère odeur de cannabis. Depuis le début de l’été, c’est désormais un rituel : chaque samedi soir, quand Israël sort de la torpeur de shabbat, des milliers d’Israéliens se retrouvent devant la résidence du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, pour exiger sa démission, sous l’œil défiant des policiers et dans une atmosphère de carnaval.
« C’est festif, car les Israéliens ne veulent pas s’écharper entre eux, ils veulent juste que ces deux-là disparaissent du paysage », explique Liat Kuttner en désignant deux de ses amis déguisés, l’un grimé en Benyamin Nétanyahou, l’autre en Benny Gantz, son ex-rival qui, après trois élections sans majorité, a fini par s’allier avec le premier ministre pour former un gouvernement d’unité au printemps.
« Il agit comme un dictateur »
Ce samedi, les participants ne paraissaient pas moins nombreux que les précédents – ils sont plus d’une dizaine de milliers, dans un pays où les manifestations d’ampleur sont rares. Et ce malgré le succès retentissant annoncé le 13 août par M. Nétanyahou. Israël a conclu jeudi un accord avec les Emirats arabes unis, qui inaugure l’établissement de relations diplomatiques avec un pays du Golfe, une première historique pour le pays. Mais, pour les manifestants, cette victoire n’efface en rien la crise intérieure que vit Israël. « Nétanyahou a conclu cet accord de paix avec un pays avec lequel nous ne sommes pas en guerre, sans impliquer personne du gouvernement, même pas son ministre des affaires étrangères ! Bien plus que de me réjouir, ça me conforte dans l’idée qu’il agit comme un dictateur », raconte Amir Leibman, 50 ans.
A Jérusalem, chacun vient décharger son fardeau sous les fenêtres du premier ministre, qui répond par le mépris à ceux qu’il a surnommés les « anarchistes » ou les « aliens ». Certains s’en prennent à M. Nétanyahou en raison de son procès pour corruption, fraude et abus de confiance, qui s’est ouvert en mai. D’autres pour dénoncer la gestion chaotique de l’épidémie de Covid-19 qui repart à la hausse depuis un mois et demi, avec 679 morts au total. D’aucuns exigent des aides économiques quand leurs voisins demandent la fin de l’occupation des territoires palestiniens… Mais tout le monde s’accorde sur un point : le gouvernement doit partir.
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