Le tourisme qui bat de l’aile Pourquoi pas un bonus-vacances pour les Maurici…

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Le tourisme qui bat de l’aile

Pourquoi pas un bonus-vacances pour les Mauriciens ?

Il n’y a pas pire image que celle d’un hôtel vide, sans âme, sans clients, sans bruits ni de gais cris d’enfants pateaugeant dans des eaux chaudes de notre littoral. Nos établissements hôteliers sont frappés de plein fouet par les effets du Covid-19. Vont-ils sombrer lentement vers une longue agonie ? Ou alors ces messieurs peuvent-ils encore s’agripper à une bouée de sauvetage qui est d’ouvrir leurs hotels aux enfants du pays à un prix forfaitaire, soit appliquer le concept 'Bonus-Vacances' ?

Depuis février de cette année, rien ne va plus. Les dès sont jetés et les caisses sonnent creuses. Les chambres des hôtels sont maintenues artificiellement nickel, même sans clients. Parce que depuis la fermeture de nos frontières debut mars 2020 à cause de la pandémie, plus aucun touriste n’a pointé le bout de son nez sur nos côtes.

Qui dit absence de touristes dit aussi notre besace vide de devises que sont principalement l’Euro, la livre sterling et le billet vert qui font principalement rouler notre économie.

Mais, le mal est plus profond qu’il ne le paraît, en dehors de l’air fringuant que se donnent nos palaces en cette periode de vache maigre. Si on gratte quelque peu le vernis, on se rendra vite à l’évidence que notre tourisme – qui représente quelque 9% de notre Produit Interieur Brut, le fameux PIB – est à la recherche d’une main benie des Dieux depuis quelques mois.

Il n’y a pas un seul des 112 hôtels avec leurs 13 500 chambres et 29 650 lits qui peut s’énorgueillir de voir le bout de son nez. Tous naviguent sur le même bateau et dans le noir de l’incertitude et titillent avec les récifs. Les principaux acteurs du secteur ne cachent pas leur pessissisme, car les chiffres comparatifs du premier trimestre de 2019 à ceux de la même période de 2020 sont lapidaires et sans pitié. La boucle est déjà bouclée.

Statistics Mauritius crevait l’abcès fin juin de cette année : de janvier à mars 2020, le nombre d’arrivées touristiques sur notre sol était de 304 842, soit une baisse drastique de 13,5 % comparativement à la même période en 2019. Nos principaux réservoirs que sont la France (-8,2%), l’Allemagne (-3,5 %), La Réunion (-13,1%), le Royaume-Uni (-21,8%), l’Afrique du Sud (-20,5%), Mother India (-25,6%), l’Italie (-25,6%) et la Suisse (-17,6%) ont tous connu une chute jamais égalée. Ne parlons pas du taux d’occupation de nos hôtels étoilés. Constatez la cata : une baisse de 10% (63% en 2020 contre 73% en 2019) pour le premier trimestre de cette année.

Rs 500 M en juin pour les hôteliers
Quant aux mois qui ont suivi le premier trimestre 2020, ils devraient être des plus lugubres, car en plein Covid-19. Les chiffres ne sont pas encore connus officiellement. Toutefois, il ne faut pas être devin pour préjuger des statistiques somme toute effrayantes. Le manque à gagner s’élèverait à quelque Rs 15 milliards pour le premier trimestre de 2020.

Lors d’un point de presse le 25 juin dernier, le ministre du Tourisme avant le léger remaniement, Joe Lesjongard, s’évertuait à calmer le jeu et a presque supplié les opérateurs touristiques à ne pas jeter les armes. Pour lui, l’industrie “retrouvera son niveau d’antan”, se basant sur les réservations des mois à venir et si les mesures necessaires sont prises. Il a aussi annoncé une “ouverture ciblée des frontières avec les pays les moins à risques”. Aussi, pas question que les premiers visiteurs étrangers qui fouleront notre sol soient au contact avec la population locale, ils devront rester confinés dans leur hôtel. Ce sera le concept ‘all-in-one’ qui sera privilégié et cher aux hôteliers.

Au plus fort de la pandémie, l’État est venu à la rescousse des hôteliers, comme il l’a fait pour d’autres secteurs. Mais, l’hôtellerie a été davantage dorlotée, car bénéficiant d’une manne de Rs 500 millions supplémentaires pour le mois de juin afin d'éviter tout licenciement massif. Combien encore de subsides pourront être octroyés pour garder artificiellement à flots ce secteur qui est sous perfusion ? À un moment, il va falloir trancher et ne plus jouer au babysitter. À ce titre, les 12 gros requins de la place échoueront sur leurs belles plages mais moins vite, mais pas les capucins que sont les chambres d’hôte, les hôtels de charme, les bungalows, les Tour opérateurs et leurs guides et, par ricochet, les taxis, les restaurants, les sites touristiques, entre autres, seront les premiers à prendre la tasse.

Potion magiqueCela s'apparenteCC Cela s'apparenteCC oCela s'apparenteCC ou
Mais il existe une potion magique surnommée l’entraide. Hormis l’obligatoire ‘Corporate Social Responsibility’, les hôteliers gagneraient à agir d’une facon humanitaire et patriotique et fassent preuve d’un volontarisme – il est vrai pas habituel de leur part – vis-à-vis de leurs compatriotes, ces fils et filles du sol qui ont fait de notre tourisme local ce joyau mondialement connu. Nos sourires, notre bienveilllance, notre accueil, nos coutumes et tout le reste qu’on offre en prime méritent un retour d’ascenceur.

Alors, messieurs les hôteliers, pourquoi ne pas introduire un concept que l’Italie a appliqué avec succès il y a quelques jours pour rebooster ses activités touristiques, restées mortes, même après le déconfinement. Il suffit de mettre en place des séjours de 2 nuitées et 3 jours pour des familles à revenus avoisinant Rs 50 000 par mois. Pourquoi ce barème ? Tout simplement parce que ces bénéficaires pourraient participer à une certaine hauteur au financement de leur hébergement à, mettons, 15-20 %, 30-40% financé par l’Etat à travers des subsides et le reste par les hôteliers, soit aux alentours de 45-50%. Cela s'apparente au concept Bonus-Vacances et pas de l'aumône.

Serait-ce la mer à boire pour nos hôteliers ? Déjà, vous vivez une période totalement creuse, vous ne faites aucun chiffre d’affaires, les employés professionnels sont confiés des tâches comme l’entretien des villas et des jardins. Et pas que…. Alors, pourquoi ne pas remplir ces chambres tristement vides avec des Mauriciens et rentrer quelque peu dans les frais ? Pour être fichus, vous l’êtes, à moins d’un miracle farfelu que les touristes de nos marchés traditionnels ne se décident à voyager. Les chances sont minimes, pour ne pas dire inexistantes, pour la saison 2020.
Jouez le jeu, messieurs les hôtelier, petits et grands. L’État suivra forcément si vous savez vendre ce concept italien. Pourquoi ne pas consentir à un petit effort patriotique en ouvrant toutes grandes vos portes aux locaux ? On ne vous demande pas de faire de l’aumône mais un geste humanitaire et bienveillant de votre part jusqu'a des jours meilleurs.

Est-ce trop vous demander à un moment où vous broyez du noir ? Ou alors considérez-vous que les Mauriciens n’ont pas une culture touristique, qu’ils vont tout saccager lors de leur bref passage dans vos locaux ? Juste des chiffres pour vous prouver le contraire: les Mauriciens ont beaucoup voyagé dans les destinations suivantes l’année dernière : 65 000 aux Émirats arabes unis, 30 000 en France, 43 000 à La Réunion, 28 000 en Afrique du Sud et 23 000 en Inde. Donc, ils savent bien se tenir en bons touristes ailleurs.

Au lieu de faire les frais de billets d’avion, d’hébergement et autres restaurants et transports internes à l'étranger en sus de l'argent de poche, ces Mauriciens-là pourraient choisir de poser leurs valises pour un long week-end sur le littoral dans l’un des hôtels de leur pays qui accepteront de jouer le jeu. Ne serait-ce pas un beau geste et une ‘win-win situation’ avec ce concept qui s'apparente à un 'Bonus-Vacances' ? À moins, messieurs, que vous ne voyiez pas plus loin que le bout de votre nez et que l'indifférence vous a rongé l'humanisme. Si c’est le cas, vous méritez tous un carton rouge.

Jean-Claude Dedans


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