Pouvoir afghan et rebelles talibans entament des pourparlers de paix au Qatar dimanche

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Le président afghan, Ashraf Ghani, le 9 août, alors que le gouvernement venait d’approuver la libération de 400 détenus talibans, afin de pouvoir entamer les négociations avec les insurgés.

Le destin de l’Afghanistan est revenu entre les mains des seuls Afghans. Dix-neuf ans après le renversement du régime taliban et l’arrivée des forces étrangères, surtout américaines, la cérémonie d’ouverture des pourparlers de paix entre les talibans et le régime de Kaboul, prévue dimanche 16 août à Doha (Qatar), signe le véritable début des discussions sur l’avenir du pays. Le 29 février, un pré-accord avait été signé entre les Etats-Unis et le mouvement insurgé, mais les autorités afghanes avaient été exclues de la négociation. Le retour en force des talibans sonne comme un désaveu pour une partie de la communauté internationale, qui a dû composer faute d’avoir pu les battre militairement et rebâtir des institutions afghanes solides et autonomes.

Dimanche, les Américains et les Qataris seront présents lors de la cérémonie. Mais lundi, la délégation de Kaboul, menée par Masoom Stanikzai, ex-chef des services secrets, et celle des talibans, dirigée par Abbas Stanikzai, aux côtés du mollah Baradar, cofondateur du mouvement, se retrouveront seules face à face. Elles se verront tous les jours pendant deux semaines, avant de rendre compte des discussions à leur tutelle respective. Rien n’est écrit pour la suite. Chacune des parties arrive, en effet, avec son propre agenda et, à l’heure où les frères ennemis reprennent attache, les talibans sont clairement en position de force.

La libération de 400 détenus

Les diplomates occidentaux à Kaboul s’inquiètent même déjà du contenu du dialogue interafghan. « De quelle négociation de paix parle-t-on quand Kaboul affronte, depuis deux ans, des Munich en série et des retraites en rase campagne ? », s’interroge l’un d’entre eux, sous condition d’anonymat. Le 9 août, le président afghan, Ashraf Ghani, a encore dû céder aux pressions américano-talibanes le poussant à libérer les 400 derniers détenus d’une liste de 5 000 noms dressée par les insurgés, dans le cadre du pré-accord de février. Ces prisonniers étaient considérés comme dangereux ou relevant de crimes de droit commun. Le 1er mars, M. Ghani avait refusé l’idée même de libérer des prisonniers talibans, estimant que Kaboul n’avait pas été associé à cette décision et que ces remises en liberté devaient « faire partie des discussions intra-afghanes, mais ne [pouvaient] pas être un prérequis à des négociations ».

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Selon nos informations, quelques jours avant le début de ce dialogue entre Afghans, Masoom Stanikzai a fait savoir à ses interlocuteurs internationaux, notamment au département d’Etat américain, qu’il souhaitait que les Etats-Unis cessent de « soutenir les positions talibanes » et prennent en compte les valeurs communes qu’ils partagent avec l’actuel gouvernement afghan, notamment le respect de la démocratie, des droits humains et des femmes. « Les talibans ne peuvent plus continuer à dicter les règles de la discussion », a-t-il assuré, d’après un diplomate américain. Enfin, il a milité pour que les institutions afghanes soient maintenues en place le plus longtemps possible, afin que le régime ne s’écroule pas d’un coup, comme ce fut le cas en 1992, avec le régime pro-Moscou de Mohammed Najibullah.

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