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Essayons de surmonter rage et désespoir. Depuis près de cinquante ans, quelques dizaines de chercheurs en sciences sociales, salariés de l’éducation nationale, du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et du ministère des affaires étrangères – payés avec nos impôts – réfléchissent, disséquant et analysant la situation socio-politique du Liban et des Libanais. Ces chercheurs motivés, compétents, dévoués, ont écrit des dizaines de livres et des centaines d’articles, donné des conférences et des semestres de cours, participé à des entretiens dans les médias et aux commissions de l’Assemblée nationale.
En vain. Leurs descriptions minutieuses, leurs analyses détaillées, leurs avertissements inquiets ont été enfouis sous des montagnes de mythes éculés, de mensonges d’Etat et d’intérêts à court terme. Durant les trente années qui ont suivi la guerre libanaise de 1975-1990, la tendresse compassionnelle, l’admiration aveugle, la complaisance vaniteuse dont a fait preuve la France – sa population comme son Etat – ont contribué à prolonger et aggraver le malheur de ce pays.
Ni la « communauté internationale » au sein de laquelle la France a pris l’initiative de l’accompagnement du Liban, ni les nouveaux dirigeants du pays n’ont tiré les leçons de la guerre civile. Après les accords de Taëf (Arabie saoudite) d’octobre 1989, le retour aux codes et pratiques de partage du pouvoir et de ses prébendes entre chefs communautaires a reçu la bénédiction des « amis du Liban », la France en tête, qui a orchestré de généreuses promesses de financement contre des réformes qui n’ont jamais vu le jour. Les dirigeants libanais d’aujourd’hui ne sont pas plus fautifs que leurs prédécesseurs et leurs rivaux. Emmanuel Macron sera-t-il plus éthique et responsable que ses prédécesseurs et ses rivaux ?
Etat souverain
Que faire, alors ? Comme dans tous les cas de catastrophe humanitaire, contribuer à l’aide d’urgence ; participer aux programmes de reconstruction pour des dizaines de milliers de sans-abri et d’accès à des ressources autonomes pour des centaines de milliers de familles. Et surtout, en poursuivant cette coopération indispensable, accorder aux Libanais toute la responsabilité et la confiance que leur valent leurs innombrables talents. Les talents de ceux qui ont résisté toutes ces années à l’adversité quotidienne et tentent depuis des mois de faire advenir l’Etat de droit. Les talents des diplômés exilés à regret, dont le Liban a tant besoin pour se relever. La France peut faciliter leurs études, accompagner leur insertion professionnelle et sociale par des aides ciblées, des projets responsables, l’exigence d’une gestion rigoureuse.
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