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GILLES SABRIE POUR “LE MONDE”
Enquête« La preuve par l’image » (1/5). Comment des Etats, des particuliers ou des groupes de pression s’appuient sur l’image pour se protéger ou établir une vérité. Dans cet épisode, la Chine, où la vidéo-surveillance massive joue un rôle central dans le contrôle de la population. Ou encore dans la répression de la minorité ouïgoure. L’épidémie de Covid-19 a accéléré le phénomène que le régime justifie pour lutter contre le terrorisme.
L’image pourrait être tirée d’une adaptation high-tech de 1984, la dystopie d’Orwell : de simples badauds, traversant un passage piéton, identifiés automatiquement par les caméras de surveillance d’un Etat autoritaire, capables d’afficher aussitôt sur un écran le nom et le numéro de carte d’identité d’un individu. Et de faire remonter son casier judiciaire ou le dossier concernant sa loyauté politique au régime. Les plaques d’immatriculation et le type de véhicule – modèle, couleur – sont relevés, eux aussi, pour un suivi au plus près.
En Chine, cette vision est en train de devenir réalité, du fait des progrès de l’intelligence artificielle mis au service d’un régime qui, sous la main du président Xi Jinping, n’en finit pas de se refermer. Il s’agit encore souvent d’images de démonstration des producteurs de caméras de surveillance ou des mairies qui viennent de les faire installer, mais l’ambition est là. Dès février 2018, la police de Zhengzhou, capitale du Henan, dans l’est du pays, affirmait que ses agents portant des « lunettes intelligentes » avaient identifié, grâce à de telles images, sept personnes impliquées dans des enlèvements qui transitaient par une de ses gares.
Deux mois plus tard, la propagande se félicitait de l’arrestation d’un suspect reconnu par des caméras de surveillance parmi les 20 000 spectateurs d’un concert de la star de la chanson Jacky Cheung. En avril de l’année suivante, un homme de 24 ans, en possession d’une trentaine de fausses cartes d’identité, était arrêté grâce au même procédé, à l’aéroport de Chongqing, nouvelle mégapole de l’ouest du pays : ancien étudiant modèle, il était accusé d’avoir tué sa mère, enveloppé le corps dans du film plastique et barricadé la pièce quatre ans plus tôt, sans que l’on puisse retrouver sa trace.
Autant d’histoires portées par les autorités, qui cherchent à convaincre la population de l’efficacité de cette technologie par l’image pour sa propre sécurité. Plutôt que d’une unique base de données connectant entre elles les millions de caméras installées partout en Chine, il s’agit encore, pour l’heure, davantage d’expériences locales, en phase d’affinement.
Toutefois, depuis décembre 2019, il est obligatoire de se soumettre, pour l’achat d’une carte SIM, à un scan de reconnaissance faciale, en plus de la présentation de la carte d’identité, qui nourrit ensuite les outils de suivi du citoyen, dans un pays où Internet est rigoureusement filtré.
Technologies exportées de la Chine à Valenciennes
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