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Lénine savait y faire avec les femmes. Le fondateur de l’URSS n’a certes pas collectionné les aventures – ce n’était pas trop son genre –, mais il s’est toujours assuré de leur bienveillance. Sa mère, sa sœur, son épouse légitime mais aussi une maîtresse franco-russe l’ont accompagné pendant ses années d’exil. « Lénine ne fait confiance qu’[aux femmes]. Il a besoin de s’entourer d’une intimité qui ne soit pas celle de rivaux politiques », souligne Diane Ducret dans Femmes de Dictateur (éditions Perrin, 2011).
Vladimir Ilitch Oulianov convole avec Nadejda Kroupskaïa en 1898. Une épouse-militante un brin austère qui se dit « soudée à jamais à la classe ouvrière ». « Quand on regarde Kroupskaïa, on peut dire que Lénine ne s’intéresse pas aux femmes », persifle l’écrivain pro-soviétique Ilya Ehrenbourg. En 1909, dans un café proche de la porte d’Orléans, à Paris, le bouillant activiste révolutionnaire est abordé par une bourgeoise très chic, connue pour ses chapeaux surmontés d’une plume rouge.
De quatre ans sa cadette, Inès Armand, mère de cinq enfants, est née à Paris mais a été élevée en Russie où elle a épousé un industriel d’origine française. Convertie au marxisme, plusieurs fois emprisonnée, c’est elle qui finance la création d’une école de formation à Longjumeau. Lénine tombe sous le charme de la camarade Inès. « Avec ses petits yeux mongols, il regarde sans cesse cette petite Française », observe le socialiste français Charles Rappoport, qui fréquente l’école du parti.
Conseils beauté et matérialisme historique
Nadejda Kroupskaïa n’est pas dupe. Elle propose de s’effacer mais Lénine refuse. Pendant six ans, ils vivront un ménage à trois plutôt harmonieux. Le couple, qui ne peut avoir d’enfants, apprécie la compagnie de ceux d’Inès et les deux femmes, plus léninistes que Lénine, s’entendent bien. Elles contribuent à créer Rabotnitsa (« La Travailleuse »), magazine féminin – devenu, de nos jours, un populaire mensuel russophone – versé dans les conseils beauté autant que dans le matérialisme historique.
Lorsqu’elle se lance dans des écrits au féminisme trop audacieux, la camarade Inès se fait rappeler à l’ordre par son grand homme. « Je vous conseille de faire disparaître tout entier le paragraphe 3, “la demande des femmes pour l’amour libre”. Cela n’est pas vraiment un problème prolétarien, mais une revendication bourgeoise », lui fait-il sèchement remarquer dans une note. Le communisme sexuel, très peu pour lui.
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