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DALIA KHAMISSY POUR « LE MONDE »
ReportageLes hôpitaux de la capitale libanaise restent sous pression, après la double explosion du 4 août, qui a fait au moins 154 morts et 5000 blessés. Dans les couloirs, les proches des patients crient leur colère contre les dirigeants politiques.
Dans la cour, à l’entrée de l’hôpital Hôtel-Dieu, à Beyrouth, des proches de blessés viennent respirer une bouffée d’air. Une courte pause dans les journées – et pour certains les nuits – qu’ils passent à l’hôpital. Les mines sont graves. On n’entend plus les sirènes d’ambulances stridentes de la soirée du mardi 4 août, qui ont suivi l’énorme déflagration au port de Beyrouth, ce souffle qui habite l’esprit de chacun à chaque instant dans une capitale hagarde et dont le bilan toujours provisoire est de 154 morts et près de 5 000 blessés. Mais la pression demeure forte sur le personnel médical ; comme ce sentiment d’incrédulité teinté de rage chez les blessés et leurs familles.
A l’un des étages, Carole Saadé Riachy, médecin franco-libanaise de 49 ans, attend le retour d’opération de sa fille, Sophie. « Je suis très chanceuse. Ma fille va s’en sortir. Nous sommes très entourés », dit la maman. C’est la troisième intervention chirurgicale que l’adolescente de 17 ans, grièvement blessée, subit. Toute la famille a contribué à la sauver – son père médecin, sa mère, son frère étudiant en médecine – en la convoyant dans un premier temps dans un hôpital à l’extérieur de Beyrouth pour éviter l’engorgement, et en pratiquant des gestes d’urgence. Si l’adolescente est hors de danger aujourd’hui, d’autres opérations seront nécessaires.
« Je remercie Dieu que ma fille soit toujours vivante », reprend Carole Saadé Riachy, dont le mari est pneumologue à l’Hôtel-Dieu. « Mais je ne me tairai plus. J’ai toujours été respectueuse des règles. J’ai toujours cru au Liban, malgré tout, malgré le seuil de nos exigences qu’ils [les politiciens] nous ont obligés à rabaisser. Ils nous ont pris nos économies [en référence à la faillite financière du Liban et aux restrictions imposées par les banques], ils nous ont pris notre avenir ; mais maintenant, c’est l’avenir de nos enfants qu’ils nous arrachent, et je ne peux pas le supporter. Des criminels régissent le pays. Je n’allume pas la télévision, pour ne pas voir les politiciens faire leur petite pièce de théâtre devant moi. Je sais qu’ils ne vont ni assumer ni s’excuser. » Signe de la colère populaire, deux ministres qui se sont rendus vendredi dans les quartiers résidentiels dévastés – une première, depuis la double explosion – ont été hués par des habitants.
« Choc psychologique »
A l’Hôtel-Dieu, comme dans d’autres hôpitaux, des victimes sont toujours en soins intensifs, dans un état critique. Des blessés légers viennent recevoir des soins de suivi. Après la déflagration, quelque 200 victimes avaient été reçues en quinze minutes, une scène jamais vue pour un hôpital qui a pourtant répondu aux victimes d’attentats par le passé. « Nous devons suivre les blessés qui reviennent pour des soins ponctuels, pratiquer des actes de chirurgie sur des patients hospitalisés. Et l’on se prépare à faire face au choc psychologique », explique le docteur Antoine Zoghbi, directeur du service des urgences à l’Hôtel-Dieu et président de la Croix-Rouge libanaise. « On n’a pas encore pris la mesure entière de la catastrophe. On est dans l’urgence, la solidarité est très forte. Mais le retour à la vie normale va être terrible. Je ne suis ni optimiste ni pessimiste. On va revivre, mais à quel prix ? »
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