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Les frères Rajapaksa disposent désormais de tous les leviers du pouvoir au Sri Lanka. Après avoir gagné l’élection présidentielle, en novembre 2019, le duo vient d’emporter une très large victoire aux législatives du 5 août. Leur formation, le SLPP (Sri Lanka Podujana Peramuna, Front du peuple du Sri Lanka), avec ses alliés, disposera des deux tiers des sièges.
En mars, quatre mois après son arrivée au pouvoir, le président Gotabaya Rajapaksa, qui ne disposait pas de majorité, avait décidé de dissoudre la Parlement, à six mois des échéances prévues. Mais les élections fixées initialement le 25 avril ont été repoussées au 5 août en raison de l’épidémie due au coronavirus. Depuis près de cinq mois, le pays était gouverné sans contrôle parlementaire.
Cette concentration des pouvoirs fait redouter le pire dans ce pays balafré par des décennies de guerre civile. Sitôt élu à la présidence de la République, Gotabaya Rajapaksa, 71 ans, avait nommé son frère Mahinda, 74 ans, au poste de premier ministre, un populiste, bouddhiste, qui fut lui-même président de l’île durant deux mandats, de 2005 à 2015, tandis que son cadet dirigeait le ministère de la défense. Deux autres frères Rajapaksa, Chamal, 77 ans, et Basil, 69 ans, occupent des postes-clés de l’administration actuelle. Et les observateurs soupçonnent le premier ministre de préparer son fils Namal, 34 ans, à la présidence du pays.
Carte sécuritaire
Grâce à leur majorité au Parlement, les deux frères vont avoir les mains libres pour modifier la Constitution et accroître encore leurs pouvoirs. Ils veulent notamment revenir sur les modifications de la loi fondamentale apportées par leur prédécesseur, Maithripala Sirisena, qui avait réduit le pouvoir du chef de l’Etat, limité à deux le nombre de mandats présidentiels et décentralisé le pouvoir. Cette réforme écartait de fait Mahinda Rajapaksa de la course à la magistrature suprême.
Le clan a déjà repris le contrôle de l’appareil judiciaire, policier et militaire, selon Alan Keenan, de l’ONG International Crisis Group. « Le nouveau gouvernement a mis sur la touche des officiers chargés d’enquêter sur les soupçons de crimes commis par Mahinda Rajapaksa lorsqu’il était au pouvoir. Ils ont été remplacés par des policiers ou militaires soupçonnés d’être impliqués dans des meurtres ou enlèvements », assure t-il.
Le clan Rajapaksa a bénéficié, comme lors de l’élection présidentielle, de la vague nationaliste qui avait suivi les attaques terroristes de 2019. Le 21 avril, après dix ans de paix, une série d’attentats-suicides coordonnés, commis dans des églises en pleine messe de Pâques et des hôtels, avait fait 279 morts, 500 blessés, traumatisant durablement la population et faisant fuir les touristes.
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