Après la double explosion de Beyrouth, le Liban à la recherche des responsables

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Le port de Beyrouth, totalement détruit après l’explosion qui serait due au stockage de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium dans un entrepôt, le 5 août.

Au lendemain de la catastrophe, le Liban cherche les responsables de son martyr. Le président, Michel Aoun, a assuré que le gouvernement était déterminé à enquêter sur les origines du désastre qui a ravagé, mardi 4 août, la capitale déjà malade du pays. Mercredi en fin de journée, les premières mesures de privations de liberté ont été prises par les autorités de l’état d’urgence, décrété dans l’après-midi, contre les responsables présumés. Avant même l’ouverture d’une investigation, des éléments présentés par des sources officielles ou émergeant avec insistance sur les réseaux sociaux et dans les médias ont commencé à dessiner les contours du scénario terrible, entre négligence et soupçons de corruption, qui a fauché la vie de plus 100 personnes, blessé à des degrés divers 4 000 et ravagé une ville-monde qui compte maintenant 300 000 sans-abri.

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Dans les heures qui ont suivi le désastre, le président Aoun avait rapidement déclaré, en évoquant les causes de l’incident, que 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, un produit explosif, avaient été stockées sur le port depuis plus de six ans, à proximité immédiate de zones densément peuplés du centre-ville. Comment une telle quantité de produit qui peut servir aussi bien à la fabrication d’engrais qu’à la mise au point d’explosifs a-t-elle donc pu être laissée en déshérence pendant une période aussi longue, à un emplacement aussi sensible ?

Les quartiers aux alentours du port ont été ravagés par l’explosion, à Beyrouth, le 5 août.

Un navire moldave

Des éléments sur les origines de ce dépôt extrêmement dangereux ont commencé à filtrer dès mardi soir. Ainsi, un article rédigé en 2015 par deux juristes libanais, pour la revue publiée par un réseau de professionnels du droit maritime, The Arrest News, et largement partagé après l’explosion, fait ainsi mention de la trajectoire étonnante d’un navire battant pavillon moldave, dont une cargaison semblable à celle évoquée par le président Aoun avait été bloquée dans le port de Beyrouth fin 2013. Ce cargo, le Rhosus était parti de Batoumi, port géorgien de la Mer noire, pour rejoindre le Mozambique. Lors d’une escale à Beyrouth, contrainte par des avaries techniques selon les juristes, le bateau avait été interdit de reprendre la mer à la suite d’une inspection.

Une vue montre les dommages qu’a causé l’explosion dans la zone portuaire de Beyrouth, au Liban, le 5 août.

Abandonné par ses propriétaires et affréteurs, le navire aurait alors fait l’objet de poursuites judiciaires de la part de ses créanciers. La justice libanaise avait ensuite ordonné le déchargement du nitrate d’ammonium du fait des dangers qu’il faisait courir à des membres de l’équipage, contraints de rester à bord, et que les avocats et auteurs de l’article défendaient alors. Ce serait donc cette cargaison de 2 750 tonnes, le chiffre évoqué par le président Aoun, perdue dans les méandres de la justice libanaise et de la bureaucratie du port de Beyrouth, puis entreposée dans un hangar des années durant, qui serait bien à l’origine des destructions massives ayant ravagé la capitale libanaise mardi soir. Contactés par Le Monde les avocats n’ont pas donné suite à nos sollicitations.

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