l’essayiste Thilo Sarrazin exclu du SPD, dix ans après ses publications islamophobes

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Thilo Sarrazin en 2014, à Leipzig.

Dix ans : c’est le temps qu’aura mis le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) pour exclure le plus encombrant de ses adhérents. Auteur, en 2010, du très controversé best-seller Deutschland schafft sich ab (L’Allemagne disparaît, éd. du Toucan, 2013), « Thilo Sarrazin n’est plus membre du SPD », a annoncé la commission des conflits du parti, vendredi 31 juillet, dans un communiqué.

Tout commence en septembre 2009. Alors âgé de 64 ans, l’économiste Thilo Sarrazin vient de quitter le ministère des finances du Land de Berlin, qu’il dirigeait depuis 2002, pour rejoindre le directoire de la Bundesbank. Dans un entretien à la revue Lettre International, il déclare :

« Je n’accepte pas les gens qui vivent de l’Etat, rejettent cet Etat, ne se soucient pas de l’éducation de leurs enfants et ne cessent de produire des petites filles à foulard. C’est le cas de 70 % des Turcs et de 90 % des Arabes qui vivent à Berlin. »

Lire aussi L’affaire Sarrazin, révélatrice des clivages de la société allemande

En réaction à ces propos, deux sections du SPD réclament l’exclusion de Thilo Sarrazin, membre du parti depuis 1973. En vain. En mars 2010, la commission des conflits de la fédération du SPD de Berlin décide qu’il est en droit de garder sa carte d’adhérent, estimant que le parti « peut accepter des déclarations provocantes de cette nature ». Elle ajoute toutefois que cette décision n’est pas un « blanc-seing pour tout type de provocations à l’avenir ».

Enorme succès en librairie

Mais Thilo Sarrazin n’entend pas la mise en garde, comme en témoigne la parution, en août 2010, de Deutschland schafft sich ab. « Je ne voudrais pas que le pays de mes petits-enfants et arrière-petits-enfants soit en grande partie musulman, qu’on y parle surtout turc et arabe, que les femmes soient voilées et que le rythme de la journée soit déterminé par les appels du muezzin. Si c’est cela que je veux vivre, je peux réserver un voyage pour l’Orient », y écrit notamment l’ancien ministre des finances de Berlin.

Malgré ses 465 pages, le livre est un énorme succès de librairie, se hissant pendant vingt et une semaine en tête des meilleures ventes du classement du Spiegel dans la catégorie « essais ». Au total, il s’en écoulera plus de 1,5 million d’exemplaires. Le débat qu’il provoque est, lui aussi, considérable. Même la chancelière Angela Merkel y participe par l’intermédiaire de son porte-parole, qui qualifie les propos de l’auteur de « blessants, diffamatoires et très gravement polémiques ».

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