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Depuis quatre ans, la relation entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE) est envenimée par les négociations interminables du Brexit, mais cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir dès maintenant à ce que pourra être un futur partenariat.
La France peut jouer un rôle majeur si elle évite une vision obsolète de ce qu’est la Grande-Bretagne post-Brexit. Le président français, Emmanuel Macron, et le premier ministre britannique, Boris Johnson, avaient trouvé, en 2019, une convergence contre-intuitive pour mettre fin aux incessants reports de l’échéance du retrait britannique.
Sur de nombreux dossiers internationaux, de l’Iran au changement climatique en passant par la lutte antiterroriste, ou celui de la zone indo-pacifique, les positions de Paris et de Londres sont proches. A l’heure ou les Etats-Unis se détournent du continent européen, la relation franco-britannique est essentielle aux deux pays afin de pouvoir continuer à peser sur la scène internationale. Le Royaume-Uni est en effet un acteur de sécurité et de défense incontournable pour Paris, comme l’ont montré les accords de défense de Saint-Malo (4 décembre 1998) et de Lancaster (2 novembre 2010).
Le 10 Downing Street a retrouvé une voix
Londres a eu une mauvaise presse ces dernières années, aussi bien à cause du Brexit que de ses carences face à la pandémie de Covid-19. Mais en politique étrangère, le 10 Downing Street a retrouvé une voix et des initiatives montrant ce que pourrait être la vision d’un « Global Britain » promue par Boris Johnson.
Non sans ironie, c’est à propos de Hongkong, là même où le soleil s’est finalement couché sur l’Empire britannique en 1997, que la Grande-Bretagne prend des décisions montrant ce que pourrait être son rôle post-Brexit.
Loin d’être intimidé par les menaces de Pékin contre HSBC, la plus grande banque du Royaume-Uni, Londres a tenu bon et a répondu à la rupture du traité sino-britannique avec l’offre audacieuse à plus de trois millions de citoyens hongkongais – détenant eux-mêmes, ou leur famille, le statut de « British National Overseas » – de droits de résidence à durée indéterminée et une voie vers la citoyenneté.
Alors que l’UE peine toujours à définir une position commune sur Hongkong, Londres est parvenu à rallier l’Australie, le Canada et les Etats-Unis pour une approche conjointe.
Dans la même logique, le Royaume-Uni veut renforcer le rôle de l’alliance du renseignement « Five Eyes » avec les pays anglophones. Londres a aussi décidé de réduire à zéro le rôle de la société chinoise Huawei dans le réseau britannique 5G, qui déverrouillera un partenariat plus proche avec la Maison Blanche.
Politique étrangère ambitieuse
Cette politique étrangère ambitieuse éloigne, pour l’instant, le Royaume-Uni du projet initial des brexiters, celui d’un « Singapour-sur-Tamise », misant avant tout sur le dumping économique et le moins-disant social.
C’est une opportunité pour la France. Depuis trois ans, Emmanuel Macron poursuit une politique étrangère européenne réaliste et sans tabou, passant par un dialogue exigeant avec Moscou et des relations constructives avec l’Amérique de Trump. Il peut aussi permettre à l’Europe de tourner la page avec Londres.
Le président Macron pourrait ainsi continuer de diversifier les partenaires et équilibrer la relation avec Berlin au niveau européen, voire pousser l’Allemagne à se responsabiliser sur les questions de défense. De son côté, Boris Johnson, sans l’admettre, a besoin de cette relation avec Paris, sauf à s’enfermer dans l’impasse d’un partenariat toujours plus compliqué avec les Etats-Unis, entre un Trump prédateur et des démocrates indifférents, voire hostiles, associant le Brexit et le Parti républicain.
Reconstruction de la relation
Face à la rigidité des processus de décision européens en politique étrangère, la reconstruction de la relation avec Londres offre l’occasion de créer de nouveaux et plus souples formats de coopération en fonction des enjeux.
Paris pourrait avoir avantage à relancer le format E3 (Allemagne, France, Royaume-Uni), éventuellement renforcé par le service d’action extérieure de l’UE, qui joua un rôle pivot dans le cadre des négociations nucléaires avec l’Iran.
Le modèle discret et efficace du « Quad » pendant la guerre froide (Allemagne, Etats-Unis, France, Royaume-Uni), noyau dur de la coordination des politiques étrangères française, allemande, britannique et américaine, appuyé sur un secrétaire tournant et des groupes de travail, pourrait aussi constituer un précédent intéressant, cette fois entre les trois grands Européens. La création d’un conseil de sécurité européen, proposée initialement par Emmanuel Macron, s’inscrivant dans la même logique mais ouvert à d’autres partenaires, pourrait aussi être relancée. Quelle que soit la formule retenue, il est temps en tout cas de tourner la page et de passer au « Rebuild » (« la reconstruction »).
Notre série sur les enjeux du Brexit
Benjamin Haddad, directeur de l’Initiative pour l’avenir de l’Europe au think tank Atlantic Council, basé à Washington DC, et auteur de « Le Paradis perdu. L’Amérique de Trump et la fin des illusions européennes » (Grasset, 2019) ; Ben Judah, journaliste franco-britannique, auteur de « This is London » (Picador, 2016, non traduit).
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