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Quand, le 13 janvier 1988, s’éteint Chiang Ching-kuo, le fils de Tchang Kaï-chek, le sort de l’île que les communistes continentaux ont échoué pendant quatre décennies à ramener dans le giron chinois passe automatiquement, sans consultation populaire d’aucune sorte, dans les mains d’un homme peu connu : le vice-président Lee Teng-hui. Il est le deuxième personnage d’un Etat qui revendique encore d’étendre sa souveraineté à l’ensemble du territoire chinois. Lee Teng-hui, mort jeudi 30 juillet, à l’âge de 97 ans, dans un hôpital de Taipei, a auparavant été maire de la ville, la capitale « provisoire » de la République de Chine, puis gouverneur de la « province » insulaire, mais il n’appartient pas au groupe des ténors de la politique qui dominent toujours le parti alors au pouvoir, le Kuomintang.
Surtout, c’est un Taïwanais de souche. Il est le premier représentant de la majorité socioethnique de l’île à parvenir à la charge suprême d’un régime dont les plus hauts représentants sont pratiquement tous recrutés au sein de la minorité des héritiers de la défaite de 1949 face à Mao qui s’étaient réfugiés là sous la bannière vacillante du « généralissime » Tchiang.
En ce sens, le choix de Lee Teng-hui sera un cadeau empoisonné pour les détenteurs du pouvoir continental : il semait déjà les germes de la crise qui, quelques années plus tard, ressurgirait entre les deux rives du détroit de Formose à la faveur de la mutation dans laquelle le monde chinois est engagé. D’autant que Lee Teng-hui est le produit syncrétique d’une histoire locale faite d’ingrédients totalement différents des parcours dans lesquels se reconnaissent les hommes qui dirigent le continent.
Une origine sociale humble
Il partage avec certains d’entre eux une origine sociale humble, qui ne le prédisposait pas particulièrement aux fonctions de chef de ce qui allait devenir, à la période où il est amené à exercer le pouvoir, l’Etat le plus riche du monde en devises étrangères, avec le Japon. Lee Teng-hui est né le 15 janvier 1923 d’une famille de notables villageois, dans les environs de Taipei, chef-lieu de ce qui n’est alors qu’une simple colonie japonaise, cédée par la dynastie mandchoue à l’Empire du soleil levant en 1895. Certes, Taipei est alors une des villes les plus modernes d’Asie : on y voit même l’éclairage public à l’électricité, et le Japon y a établi la trame d’un tissu industriel qui explique en partie le succès subséquent de l’île. Mais Taïwan est une pièce parmi d’autres de l’échiquier d’Extrême-Orient, et non des plus grandes.
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