Une reprise très politique pour la NBA

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La NBA a fait écrire « Black Lives Matter » sur le parquet pour la reprise de la saison, à Orlando (Floride), à partir du 30 juillet.

« Whole new game » : c’est le slogan – « Un tout nouveau jeu » – choisi par la NBA pour célébrer la reprise du championnat de basket-ball aux Etats-Unis, jeudi 30 juillet. Il ne fait aucun doute que, cent quarante jours après l’arrêt forcé de la compétition, ce retour au jeu ne ressemblera en rien à ce que propose habituellement la très populaire ligue américaine : en raison de l’épidémie de Covid-19, les équipes sont réunies à Disney World, à Orlando (Floride), et s’affronteront à huis clos dans des conditions strictes de protection.

Mais au-delà du défi sanitaire, la NBA doit aussi relever une mission qu’elle s’est elle-même assignée : servir d’exemple et de porte-voix pour entretenir le souffle du mouvement Black Lives Matter (« les vies noires comptent »), revenu sur le devant de la scène après la mort de George Floyd, un Afro-Américain tué lors de son interpellation par la police de Minneapolis (Minnesota), le 25 mai.

« La ligue et les joueurs ont une position unique afin d’avoir un impact direct pour combattre le racisme systémique dans notre pays, et nous assurons que nous nous engagerons collectivement afin de construire une société plus égalitaire et plus juste », a déclaré le patron de la NBA, Adam Silver.

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Derrière ce consensus, le dialogue n’a pas toujours été fluide : il y a quelques semaines, plusieurs joueurs menaçaient de boycotter la reprise du championnat, jugeant qu’elle détournait l’attention du public de la lutte contre les inégalités raciales.

« Je ne sais pas si la reprise va impacter les protestations actuelles, juge Damion Thomas, conservateur des sports au Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines, à Washington, mais je n’ai pas le souvenir d’un moment historique qui a été freiné à cause du sport. »

Le mouvement de contestation, mené par Kyrie Irving, s’est d’ailleurs essoufflé – aucun forfait aujourd’hui ne relève de raisons politiques – et on ne saura jamais si le joueur des Brooklin Nets aurait été au bout de sa logique s’il n’avait pas été blessé. Il a néanmoins annoncé verser 1,5 million de dollars (1,3 million d’euros) aux quelques joueuses de la WNBA (le championnat féminin) qui ne participent pas à la reprise de leur saison.

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Certains joueurs vont également verser une partie de leur salaire à des associations, comme l’Australien Patty Mills (San Antonio Spurs), qui distribuera plus de 1 million de dollars à des organismes luttant contre le racisme dans son pays.

Pas de slogan sur le maillot de LeBron James

Comment, en tant que ligue sportive et entreprise, la NBA, dont près de 80 % des joueurs sont Noirs, compte-t-elle s’impliquer ? Elle a d’abord décidé de faire apparaître, sur le parquet des matchs, la référence Black Lives Matter. Les joueurs pourront également, sur leur maillot, remplacer leur nom par l’un des quelque trente « slogans » proposés par la ligue et leur syndicat. Les Français Rudy Gobert (Utah Jazz) et Evan Fournier (Orlando Magic) ont ainsi respectivement opté pour « equality » (égalité) et « justice ».

Cette initiative a connu une anicroche quand la superstar LeBron James a renoncé à faire disparaître son propre nom. « Je n’ai pas besoin d’avoir quelque chose au dos de mon maillot pour que les gens comprennent ma mission ou sachent qui je suis et ce que je fais », a-t-il justifié, faisant aussi comprendre qu’il aurait aimé avoir eu son mot à dire.

Le joueur des Los Angeles Lakers est connu pour son engagement de longue date pour la cause afro-américaine, et il a notamment réclamé, en conférence de presse, l’arrestation des policiers impliqués dans la mort de Breonna Taylor, une jeune femme noire tuée dans son appartement lors d’une perquisition, en mars.

LeBron James et  Anthony Davis ont choisi de ne pas remplacer leur nom par un slogan sur le maillot des Lakers.

L’un des risques auxquels doit faire face la NBA est d’être débordée par les initiatives des joueurs. La crainte principale concerne l’éventualité d’en voir certains poser un genou à terre pendant l’hymne national, un geste relancé en 2016 par le joueur de football américain Colin Kaepernick pour dénoncer les violences policières.

Les textes de la NBA obligent les joueurs à se tenir debout en respect au drapeau, mais la ligue autoriserait-elle une exception ? « Je ne suis pas à l’aise avec le mot “autoriser”, a expliqué Adam Silver. Mais je comprends aussi l’importance de protester et je pense que nous gérerons la situation quand elle se présentera. »

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Le match d’ouverture de la saison féminine de la WNBA, samedi 25 juillet, a donné un avant-goût : les joueuses de New York et de Seattle ont quitté le terrain, boycottant l’hymne national. Aucune sanction n’a été prononcée mais certaines joueuses ont déjà annoncé vouloir poursuivre la démarche.

Une vitrine politique

Ce que souhaite la NBA, c’est envoyer un message durable et marquer un changement en profondeur, y compris en son sein. Symboliquement, elle a accordé un congé payé à ses employés le 19 juin, date anniversaire de l’émancipation des esclaves aux Etats-Unis, et leur a transféré des liens pour se documenter sur le sujet.

Elle a promis d’augmenter la représentation des personnes noires dans son personnel et de s’assurer de travailler davantage avec des entreprises dirigées par des gens de couleur.

Une démarche qui étonne Chris Elise, photographe français qui arpente les parquets américains depuis quinze ans : « La NBA n’est pas une organisation qui a un problème de racisme ou de discrimination. Si elle dit aujourd’hui avoir une prise de conscience sincère, est-ce que cela signifie qu’elle ne l’était pas depuis des années en faisant par exemple le “Black History Month” ? »

De fait, la ligue s’implique depuis longtemps, notamment par l’intermédiaire de « NBA Voices » ou « NBA Cares », des programmes d’actions pour promouvoir la diversité et lutter contre les injustices sociales. Elle vient d’annoncer la création d’une fondation, avec un investissement estimé à 300 millions de dollars, qui donnera la possibilité au syndicat des joueurs de décider quelles associations aider.

« Le travail ne fait que commencer »

La NBA semble vouloir devenir une vitrine politique, à l’image des prises de position de l’emblématique entraîneur de San Antonio, Gregg Popovich. « Il faut que nous éduquions à l’intérieur de nos clubs. Même des jeunes joueurs noirs de mon équipe ne connaissent pas le drame de Tulsa », a déclaré, en référence au plus important lynchage de l’histoire américaine, l’ex-mentor de Tony Parker aux Spurs.

En s’impliquant autant, la NBA prend le risque de ne pas répondre à sa propre exigence et de se voir reprocher de saisir la balle au bond pour faire bonne figure. « Je ne veux pas faire de promesses. Le travail ne fait que commencer et je pense qu’il sera juste de nous juger pour ce qui a été fait dans les prochaines années », a tempéré Adam Silver.

« La NBA peut clairement faire une différence, elle s’implique », se réjouit Jerry Lamont Mitchell, qui vient quotidiennement tapoter la balle orange sur un « playground » américain de Long Beach (Californie). « C’est une reprise qui me laisse un peu amer, avance son partenaire du jour, Sean Carson. On pourrait croire que c’est une bonne idée mais cela montre encore une fois la puissance du système dont les bénéfices iront à la classe supérieure à laquelle nous n’appartenons pas, en tant que Noirs. »

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