Norman Scott, l’amant encombrant du député Jeremy Thorpe

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En 2018, le réalisateur Stephen Frears a intitulé A Very English Scandal la mini-série, diffusée sur BBC One, qu’il a consacrée à l’affaire Jeremy Thorpe. On ne saurait mieux dire. Cette histoire de politicien fauché en pleine gloire à la suite d’une tentative de meurtre sur fond d’homosexualité a marqué le Royaume-Uni, terre d’élection reconnue de scandales politico-sexuels.

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Dans l’Angleterre des années 1960-1970, aimer les hommes n’est pas recommandé pour qui nourrit l’ambition de briller en politique, même si l’homosexualité a été dépénalisée en 1967. Cette évidence n’a pas échappé à Jeremy Thorpe, député libéral du North Devon. Jusqu’alors, il est parvenu à faire comme si. Les services de renseignement sont au courant et, pressenti pour être le best man (« témoin ») d’Anthony Armstrong-Jones lors de son mariage avec la princesse Margaret, il a été écarté en raison des rumeurs qui courent sur son compte. Cela ne prête pas à conséquence. Aussi, élu président du Parti libéral à seulement 38 ans, s’agace-t-il de l’insistance avec laquelle Norman Scott, un ancien amant, le sollicite.

Psychologiquement fragile, ce jeune homme un peu paumé tente sans grand succès de se lancer dans une carrière de mannequin. Pendant dix ans, il va régulièrement se manifester pour réclamer à Thorpe des petits services, un job mais aussi de l’argent, en menaçant de révéler leur liaison passée. Aux élections de 1974, les libéraux ont approché les 20 % des voix et bien failli former un gouvernement avec les conservateurs. Alors que les journaux commencent à parler de « l’ère Thorpe », le député qui monte veut surtout éviter ce que l’on appellerait aujourd’hui un « outing ».

Vrai-faux tueur

Aurait alors germé l’idée de se débarrasser de Norman Scott. Andrew Newton est désigné comme exécuteur des basses œuvres, contre environ 20 000 livres. Avec sa Mazda jaune-criard, ses costumes rayés et ses cravates bariolées, le type n’est pas très discret. Et puis, ce n’est pas non plus un tueur né : il panique et abat Rinka, le dogue allemand de Scott, mais son arme s’enraye au moment d’exécuter sa victime désignée.

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Pris de panique, il s’enfuit. Quatre années seront nécessaires pour que les faits soient établis et le député inculpé d’incitation au meurtre. En 1979, s’ouvre ce que les tabloïds présentent avec gourmandise comme « le procès du siècle ». Jeremy Thorpe garde obstinément le silence, et la défense plaide qu’il s’agissait seulement de faire peur à l’importun. Les revirements de déclarations des témoins, dans un contexte de fuites dans la presse à scandale, font mauvais effet auprès des juges. Au terme de six journées de débats, les prévenus sont acquittés, mais pour Jeremy Thorpe, 50 ans, la politique, c’est fini.

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