quand les Français font souffler un vent de révolution sur « Moke Hill »

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Publié aujourd’hui à 02h36

Le local sent un peu la poussière mais comment en serait-il autrement ? Nous sommes aux archives municipales, et le bureau est fermé depuis plus de trois mois pour cause de Covid-19. Non pas que l’on ait vu le moindre malade à Mokelumne Hill, 646 habitants, mais le règlement s’applique à toute la Californie. Ce qui, dans le comté de Calaveras, ne va pas sans débat, voire rébellion : le shérif a même proclamé qu’il ne ferait pas respecter l’obligation de porter le masque antivirus décrétée par le gouverneur démocrate Gavin Newsom. Calaveras fait partie du Trump country, les contreforts de la sierra qui ont voté républicain en 2016. « Rouvrons la Californie ! Destituons Newsom ! », revendique une affiche à l’entrée du village. Aujourd’hui comme hier, Mokelumne Hill est une terre de rebelles.

L’archéologue Julia Costello a exceptionnellement ouvert les archives, c’est la première fois depuis des semaines ; Ruby, son épagneul roux, se roule avec enthousiasme sur la moquette. Les dossiers sont prêts dans la salle de lecture, sous les gravures d’époque qui montrent French Hill, la colline qui surplombe Mokelumne Hill.

Elle fut le théâtre, en 1851, d’un épisode fameux de la Ruée vers l’or que les journaux de l’époque – toutes proportions non gardées – ont appelé « The French War ». Rien de trépidant à l’échelle des règlements de comptes du Wild West, mais, dans l’histoire de la présence française en Californie, l’incident a fait date. Pour tout dire, le consul de France a dû se déplacer de San Francisco, soit deux journées à cheval et une en bateau, pour une mission de maintien de la paix entre les factions. Le bilan a été contenu – un mort, quelques blessés – mais la « guerre » de French Hill a bien eu lieu. Reste à savoir qui l’a gagnée.

Un endroit miraculeux

« Moke Hill », comme disent les locaux, a longtemps été pour ainsi dire terre de France. Le camp s’est d’abord appelé Les Fourcades, du nom de deux frères originaires de Dordogne, Albert et Jean. Prépositionnés dans la région de Monterey, ils étaient arrivés dès 1848, ce qui leur a permis d’être parmi les premiers à faire fortune.

Dans l’univers cosmopolite des prospecteurs, les Français avaient la réputation d’avoir de la chance et de trouver de bons filons. Mokelumne Hill est de ces endroits miraculeux. D’ailleurs, c’est là que sont expédiés en novembre 1850 les gardes mobiles envoyés depuis Paris sur un bâtiment de la Marine nationale, en guise de remerciement pour les services rendus pendant la répression de 1848. De Stockton, on les entend monter en formation militaire, au pas cadencé. Cent cinquante hommes en uniforme, derrière leurs officiers et leurs clairons.

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