Les cieux s’assombrissent pour les finances du Vatican

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Place Saint-Pierre, au Vatican, le 29 juin.

Ici, d’habitude, même aux heures les plus chaudes de la journée, il est impossible de circuler. En été, le long de la colonnade du Bernin, qui forme une ellipse parfaite ouvrant vers Saint-Pierre de Rome, on voit des cohortes de pèlerins patienter sagement sous un soleil de plomb, avant d’entrer à l’intérieur de la plus grande église du monde. Ils avancent en cadence au rythme des contrôles de sécurité, tandis que, aux abords de la place, des démarcheurs proposent dans toutes les langues des coupe-files permettant d’accéder aux Musées du Vatican ou à la chapelle Sixtine.

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Cette chorégraphie a quelque chose d’immuable. C’est que l’invasion touristique du Vatican ne date pas d’hier. Les voyages religieux ont même été, durant des siècles, la principale ressource de la ville, avant que Rome ne devienne, il y a cent cinquante ans, la capitale de l’Italie. Mais le flot des visiteurs s’est tari d’un coup au début du mois de mars, en raison de l’épidémie de Covid-19. Et, malgré la fin progressive du confinement, l’activité sur la place n’a jamais vraiment repris. Dans la maigre file d’attente de la basilique, on parle surtout italien, parfois français ou allemand. Les Anglo-Saxons sont très rares, et les touristes venus d’Amérique latine ou d’Asie, d’ordinaire très nombreux aux environs de la Cité du Vatican, ont littéralement disparu.

Un fatalisme certain

En bordure de la place, les quatre frères Caprotti sont à la tête d’un petit empire familial : quatre grandes boutiques idéalement placées. En général, le magasin de souvenirs religieux de Marco ne désemplit pas, mais pour l’heure, c’est le calme plat. « J’ai treize salariés, mais ils sont tous au chômage partiel, et j’essaie de tout faire tout seul. Vous savez, aujourd’hui, j’ai surtout ouvert pour des raisons symboliques, explique-t-il, en montrant du geste la rue déserte. Vous voyez la religieuse qui vient de sortir, avec une trentaine de cartes postales ? Il est bientôt midi, et c’est ma première cliente de la journée. »

Dans les environs de l’Etat pontifical, plus encore que dans le reste de la ville, l’activité touristique est à l’arrêt. Et l’espoir d’un retour à la normale est encore bien loin. « Pour 2020, c’est fichu. En 2021 ça repartira sans doute un peu, mais ici on ne reviendra à la normale qu’en 2022-2023. Il va falloir avoir les épaules pour tenir », assure-t-il, avec un certain fatalisme. Deux mois après la réouverture des commerces, plus de la moitié des devantures de la via della Conciliazione (la large artère reliant les bords du Tibre à la place Saint-Pierre) ont encore leur rideau baissé. Et de nombreux commerçants évoquent une fermeture jusqu’à Pâques 2021.

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