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Enquête« La Californie, une histoire française » (2/6). Entre 1849 et 1853, la fièvre de l’or attire 30 000 Français dans la ville, qui devient la plus cosmopolite du monde. Bruyants, fiers-à-bras, durs à la tâche, ils créent des journaux, un théâtre, la première brigade de sapeurs-pompiers, un hôpital mutualiste…
L’or ? Les Français n’y ont pas cru tout de suite. Un vieux fond de scepticisme national. En 1848, on se méfie des Américains, à peine moins qu’aujourd’hui. Sans doute cherchent-ils à peupler ces territoires de l’Ouest, ces immensités désertes maintenant qu’ils les ont annexées. A Paris, on prend de haut ces Anglo-Saxons du Nouveau Monde, toujours prêts à faire mousser leurs réalisations. A vous enfumer avec leur « puff », comme disent les journaux deux siècles avant les « fake news »…
Mais tout change le 5 décembre 1848, quand le président des Etats-Unis, James Polk, mentionne la découverte d’or dans son discours sur l’état de l’Union. Une annonce très politique : il entend montrer à l’opposition, qui ne cesse de renâcler devant les dépenses entraînées par la conquête de l’Ouest – et notamment les 15 millions de dollars versés au Mexique pour l’achat de la Californie – que l’investissement a été judicieux. Coup de chance, encore un, de ceux qui confortent les Américains dans l’idée qu’ils accomplissent un destin providentiel : le traité de Guadalupe Hidalgo entre les deux pays a été signé le 2 février 1848, dix jours après la découverte de l’or, le 24 janvier. Heureusement aucun fil Twitter n’a informé les Mexicains que la Californie recèle des richesses insoupçonnées…
Paris commence à y croire. La province aussi. Et bientôt, c’est toute la France qui est saisie de Californiamania. Les journaux publient des récits de voyage qui relatent des aventures fabuleuses au pays de l’or (et des crocodiles, croit savoir la presse). Dans les théâtres parisiens, on joue des pièces montées à la va-vite : Train du plaisir pour la Californie, Les Chercheuses d’or… La France fantasme. La France veut de l’or, du mouvement, du changement. Le 24 février 1848, Louis-Philippe a été chassé du trône et la IIe République proclamée dans la liesse. Depuis, c’est le marasme. Le vent de liberté est retombé.
La nouvelle terre promise
Les Français se joignent aux migrants qui, à partir de 1849, accourent du monde entier : Mexicains, Chiliens, Péruviens – qui n’ont qu’à remonter la côte Pacifique ; Européens attirés par l’utopie californienne, à un moment où les espoirs révolutionnaires ont été réprimés sur le Vieux Continent ; Chinois, qui seront les derniers mais arriveront en masse et seront enrôlés dans la construction du chemin de fer transcontinental. Et, bien sûr, Américains, qui, eux, cheminent par la terre : l’Oregon Trail, la piste des caravanes de colons qui migrent vers l’Ouest, est détournée vers le sud pour gagner le « Gold Country ». Au total, quelque 300 000 affamés d’or débarquent sur la nouvelle terre promise. Ils prendront le nom de forty-niners, ou « quarante-neuvards », selon le millésime du début du rush.
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