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Si, pour Donald Trump, le coronavirus est chinois, pour Nicolas Maduro il est colombien. « Nous livrons une terrible bataille pour stopper le virus colombien qui s’étend au Venezuela », lançait le président vénézuélien le 6 juillet lors d’une allocution télévisée. En évoquant une « explosion des cas importés », M. Maduro accuse son homologue colombien et féroce ennemi, Ivan Duque, de vouloir délibérément « infecter » le Venezuela.
Pour le gouvernement chaviste, les milliers de migrants vénézuéliens qui rentrent au pays représentent un danger sanitaire. Jeudi, le ministre de l’intérieur, Nestor Reverol, « déclarait la guerre » aux migrants du retour qui passent la frontière clandestinement.
Sur Twitter, un jésuite sympathisant du chavisme, le père Numa Molina, les qualifiait de « bioterroristes ». La Compagnie de Jesus a publié vendredi un communiqué pour condamner les propos de son disciple.
L’opposition et les organisations de défense des droits humains s’insurgent contre cette rhétorique du gouvernement qui stigmatise les migrants rentrés illégalement et participe de la « xénophobie endogène » qui s’installe. En dénonçant « le supplice » que vivent les Vénézuéliens qui rentrent dans leur pays, l’organisation Human Rights Watch (HRW) rappelle que la situation d’urgence humanitaire au Venezuela ne résulte pas d’une catastrophe naturelle mais de politiques gouvernementales.
« Avant d’accuser les migrants de rentrer au pays infectés, il faudrait accuser le responsable de la crise qui les a obligés à fuir le pays », s’indigne l’économiste Jose Toro. Selon les Nations unies (ONU), plus de cinq millions de Vénézuéliens ont, depuis 2015, quitté leur pays dévasté par une récession économique sans précédent.
Soumis à une stricte quarantaine
De la Colombie au Chili, la majorité d’entre eux vivent de l’économie informelle. Le confinement les a privés de ressources, de logement et d’espoir. Selon les autorités migratoires colombiennes, plus de 80 000 sont rentrés au Venezuela au cours du premier semestre, au terme d’un périple souvent éprouvant.
Quand ils arrivent chez eux, « ils sont libres, ils sont dignes, ils sont humains », se félicitait le président Nicolas Maduro en juin en omettant de rappeler que ces migrants qui ont fui un pays en crise rentrent dans un pays en crise. Les Vénézuéliens qui ont passé légalement la frontière sont contraints à une stricte quarantaine. Hôtels, stades, école ont été mobilisés. Les services d’accueil sont débordés.
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