Claude Chana, pionnier inconnu de la Ruée vers l’or

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AJ0RXX California Gold Country Auburn Claude Chana 1811 to 1882 prospector panning for gold

STEPHEN SAKS / ALAMY / HÉMIS.FR

Par Corine Lesnes

Publié aujourd’hui à 00h39

Claude Chana n’a laissé ni écrits ni descendance. Son nom n’est passé à la postérité ni à Rouen ni même en Californie. Pour tout dire, on serait passé à côté si la modeste localité d’Auburn, dans les contreforts de la Sierra Nevada, ne lui avait érigé une statue digne d’un héros de la mythologie antique.

Le monument a été dressé à l’entrée du quartier historique entre le saloon et la poste, la plus ancienne à l’ouest du Mississippi. Un bloc de ciment de 45 tonnes, de 12 mètres de haut, sculpté en 1975 par le dentiste local, le docteur Kenneth Fox, à ses heures perdues. Probablement la trace la plus imposante jamais laissée par un Français dans le paysage californien…

Faute de savoir à quoi ressemblait son modèle, le dentiste lui a donné des traits épais, un visage laborieux, loin de l’exaltation qui poussait les chercheurs d’or à travailler des heures durant entre soleil brûlant et torrent glacé, vêtus, la journée, du manteau qui leur servait la nuit de couverture. Le docteur Fox, installé à Auburn en 1947, a légué à la bourgade d’autres monuments tout aussi imposants : un coolie chinois, symbole des exploités qui ont construit le chemin de fer transcontinental ; une Amazone, tirée des fantasmes des conquistadors qui croyaient la Californie peuplée de guerrières (statue fort peu vêtue au goût des notables locaux qui ont fait détourner les bus scolaires). Le mineur français a été sa dernière œuvre. Claude Chana est un nom des plus communs à Auburn. On traverse Chana Drive pour aller au lycée, à Chana High. Mais rares sont ceux qui savent d’où il vient.

Comme « embarquer pour une autre planète »

Quand le mineur est arrivé en 1846, la Californie ne suscitait pas grand intérêt dans le reste du monde. Pour découvrir le territoire, il fallait franchir les Rocheuses, exercice déjà suffisamment périlleux, et bien calculer son moment, on était toujours à la merci d’une neige précoce, et Dieu sait qu’il y en avait (et qu’il y en a encore). Passer par les Rocheuses ou affronter le cap Horn. Le canal de Panama n’existait pas. Du Havre, il y en avait pour six mois au minimum. Certains se risquaient à prendre un raccourci, en traversant à pied, en pirogue, ou à dos de mule, l’isthme de Panama, mais cette troisième voie imposait de braver les espèces venimeuses – animales et humaines – et la malaria.

Le chemin le plus sûr, quoique le plus long – 16 000 km ! –, restait la traversée de l’Atlantique, jusqu’à Rio, puis le doublement du cap Horn, ce qui, en fonction des vents ou de leur absence, pouvait prendre près de quarante jours. Les bateaux remontaient ensuite la côte Pacifique ; à mi-parcours, Valparaiso, l’unique ville-étape, faisait l’effet de revenir à la civilisation: plus que soixante jours de mer jusqu’à San Francisco !

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