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Lundi 13 juillet, à Trieste, dans le nord-est de l’Italie, les présidents slovène et italien, Borut Pahor et Sergio Mattarella, ont rendu hommage à un très vieil écrivain, qui ne voulait pas mourir avant d’avoir assisté à cette journée historique. Décoré, à quelques minutes de d’intervalle, des plus importantes distinctions de deux pays (il a été fait grand-croix de l’ordre du Mérite de la République italienne, puis de l’ordre du Mérite exceptionnel slovène), Boris Pahor a accueilli ces honneurs avec gravité, puis les a dédiés « à tous les morts rencontrés dans les camps de concentration, ainsi qu’à toutes les victimes du fascisme nazi et de la dictature communiste ».
Né le 26 août 1913, au cœur de l’Autriche-Hongrie de François-Joseph, qui vivait ses dernières heures, Boris Pahor a vu de ses yeux, le 13 juillet 1920, il y a exactement cent ans, l’incendie par des jeunes militants fascistes du Narodni dom (le centre culturel de Trieste), qui sera le point de départ des persécutions contre les populations slaves de la région, ainsi que l’origine de sa vocation littéraire.
Il a connu, dans son enfance, l’italianisation forcée, puis l’horreur des camps nazis (engagé parmi les partisans yougoslaves, il fut déporté en Alsace, au camp du Struthof) et, enfin, la naissance, après 1945, de frontières qui ont transformé sa ville, naguère le plus grand port de l’Europe centrale, en une enclave étranglée par le rideau de fer. Devenu citoyen italien, il n’a jamais cessé d’écrire dans sa langue maternelle, pour défendre les droits de la minorité slovène de cette région ballottée par l’histoire. En plus d’être un immense écrivain, longtemps considéré comme susceptible d’obtenir le prix Nobel de littérature, Boris Pahor est devenu, du fait de sa longévité, le symbole vivant de tout un peuple. Certes, ses jambes ne le portent plus, mais sa voix reste claire et forte, et les deux chefs d’Etat ne pouvaient, au terme de cette journée de commémoration, placée sous le signe de la réconciliation des mémoires, faire l’économie d’un hommage solennel, particulièrement émouvant.
Main dans la main
Quelques heures plus tôt, les gouvernants ont fait ensemble un autre geste historique, celui de se recueillir, main dans la main, à quelques kilomètres de là, devant la foiba de Basovizza, un ancien puits de mine devenu le lieu symbole des massacres d’Italiens et de partisans yougoslaves anticommunistes, qui ont eu lieu de 1943 à 1945 dans les grottes naturelles de ce plateau calcaire, sur ordre du maréchal Tito, et ont fait plusieurs milliers de morts.
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