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Ils sont arrivés côte à côte sur le tarmac de Leh, capitale du territoire himalayen du Ladakh, vendredi 3 juillet. Narendra Modi, premier ministre de l’Inde, et Bipin Rawat, chef d’état-major des armées, sont venus saluer « la bravoure » des soldats qui surveillent la frontière disputée ardemment par la Chine depuis début mai. Depuis qu’il a endossé l’uniforme de « Chief of Defence Staff » (CDS) le 1er janvier, le général Rawat est au four et au moulin. Dès que la fièvre a commencé à monter dans la région, début mai, il n’a plus lâché d’une semelle le ministre de la défense, Rajnath Singh, dans ses tractations diplomatiques avec Pékin.
Jeudi 18 juin, trois jours après la violente bagarre qui s’est soldée par la mort de vingt militaires côté indien, il a coordonné la préparation de l’armée de terre, de l’Indian Air Force et de l’Indian Navy à un éventuel conflit avec la Chine, le long de la ligne de contrôle effectif (LAC) tracée entre les deux géants d’Asie au terme de la guerre qui les avait opposés en 1962, mais également dans le détroit de Malacca, principale voie de navigation entre l’océan Indien et la mer de Chine.
« Les militaires tiennent en plus des discours agressifs sur la politique étrangère qui pourraient leur donner le goût de futures actions musclées », Christophe Jaffrelot, CNRS
Le haut gradé incarne une nouvelle façon de piloter l’armée. Il enfreint les traditions de réserve et saisit toutes les occasions de parler aux médias. C’est la première fois, dans l’histoire de l’Inde indépendante, qu’un tel mélange des genres se produit.
Bipin Rawat s’est ainsi exprimé plusieurs fois sur le Covid-19, d’abord en avril, pour dire que « la leçon » à tirer de l’épidémie était simple : « L’Inde souhaite devenir une puissance régionale, le temps est venu pour elle de pratiquer le “Make in India” pour devenir autonome. » Des propos que reprendra mot pour mot M. Modi quelques semaines plus tard. Début mai, le général s’est déclaré « très confiant dans la capacité des scientifiques indiens » à trouver un vaccin.
« Nous assistons à la politisation de l’armée et à la militarisation du politique, estime Christophe Jaffrelot, directeur de recherche au CNRS. Jamais le pays n’a eu de chef militaire qui s’immisce à ce point dans les décisions politiques, affirme-t-il. Les militaires appuient les décisions de l’exécutif, ce qui n’est pas leur rôle, mais ils tiennent en plus des discours agressifs sur la politique étrangère qui pourraient leur donner le goût de futures actions musclées. »
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